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Vers l'éternité

Avis sur 1492: Conquest of Paradise (OST)

Avatar ElliottSyndrome
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Estimer que 1492 est le meilleur album de Vangelis peut ressembler soit à une évidence, soit à une facilité. En terme de technique et de virtuosité, ce n'est sans doute pas le cas, d'ailleurs. De ce point de vue, Heaven and Hell, Mask ou d'autres lui sont supérieurs. Mais ces critères, pour importants qu'ils soient, ne sont pas les seuls à prendre en compte lorsqu'on réfléchit à l'impact d'un disque.

Si 1492 a redonné une renommée mondiale à Vangelis, dix ans après Blade Runner (dont la musique, isolée, n'a sûrement pas touché autant le public que celle dont nous parlons ici), ce n'est pas par hasard. Au sommet de sa maîtrise, le compositeur grec a su y insuffler toute sa puissance, son emphase naturelle, à l'image du thème principal devenu tube mondial ; mais aussi sa finesse, son sens des nuances, que l'on évoque moins souvent.

Les ingrédients musicaux sont simples, et cette simplicité est sûrement cause de la passion du public pour cet album. Au premier plan, on trouve des sons "classiques", identifiables et acceptables par tous : piano, cordes, cuivres, percussions, flûtes, harpes, mandolines... Et surtout des chœurs, graves et profonds, qui hantent de leur grâce la première partie du disque, notamment dans le thème principal, mais aussi dans le sublime "Light and Shadow".
Ces éléments donnent à 1492 l'apparence d'une bande originale dans les règles de l'art, le genre de musique qu'on s'attend à entendre sur grand écran.

Cependant, ces éléments sont traités à la mode Vangelis : amplifiés, agrandis, prolongés par des effets d'écho et de reverb qui sont aussi la signature du compositeur, surtout à partir des années 90.
S'y ajoutent ensuite les éléments purement synthétiques qui rattachent la musique au genre électronique dont Vangelis est le plus singulier fer de lance. Des sons étranges, des basses grondantes, des mélodies délicates et aériennes ("West accross the Ocean Sea") ou des solos stridents ("Hispanola")... Il n'y en a pas tant que cela, mais leur présence discrète confère à la musique son originalité et son identité, cent pour cent vangelisienne.

Les musiques de films que l'on achète sous forme de disque, on le sait, ne sont pas fidèles à ce que l'on entend sur l'écran. Il manque certaines compositions, d'autres sont montées, découpées, retaillées pour coller à l'image... Il est donc normal, quand on publie cette musique, de la rendre présentable et de l'organiser en conséquence.
Mais Vangelis pousse l'idée au maximum, en faisant de 1492 un album à part entière, que l'on peut parfaitement écouter sans avoir vu le film et sans que cela dénature la musique.

Encore une fois, la composition du disque en deux parties souligne sa volonté de penser ses partitions pour l'écran comme un album normal.
La première partie joue sur le lyrisme, la profondeur, des thèmes forts et identifiables ; alors que la seconde est d'abord plus heurtée, parfois violente, volontiers mystérieuse ("Moxica and the Horse"), avant de s'apaiser dans une belle reprise au piano du thème principal, puis de s'achever dans la longue ritournelle hypnotique de "Pinta, Nina, Santa Maria (into Eternity)", dont les 13 minutes accompagnent en douceur l'auditeur vers l'extinction de la musique, ponctuée par une reprise du morceau "Eternity" qui concluait déjà la première partie.
Boucle bouclée, dans une impression de perfection imparable.

Au bout du compte, je ne sais pas si 1492 est le meilleur album de Vangelis. Il est parfaitement pensé, élaboré, écrit et interprété, sans faiblesse ni longueur.
Ce dont je suis sûr, c'est qu'il reste mon album préféré du compositeur, l'un de ceux que j'écoute encore et toujours avec le même ravissement, sans jamais m'en lasser. Comme un territoire familier, une maison de vacances remplie de souvenirs d'enfance que l'on ressuscite avec la même innocence à chaque fois que l'on y retourne. Une madeleine de Proust, trempée dans un verre d'Ouzo.

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