Allez-là, essaye frère !

Avis sur Leila et ses frères

Avatar Paul SAHAKIAN
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Je découvre Saeed Roustaee avec ce film, étant donné que j'ai loupé La Loi de Téhéran à sa sortie. De ce qu'on m'en avait dit, c'était un thriller efficace, ancré dans un certain contexte social.

La première chose qui m'a sauté aux yeux dès les premières secondes de Leila et ses frères, c'est cette caméra qui s'adapte aux situations, qui jongle avec différents styles, côté poseur lors des scènes du père, et caméra très immersive lors du RAID policier. En une scène d'introduction, avec ce montage alterné absolument brillant, le réalisateur nous présente les trois personnages les plus importants du récit, les futurs enjeux, et plus particulièrement la misère sociale et tout son réalisme.

Le film ne commence pas au début des problèmes, rien ne va plus depuis plusieurs années, et le chaos est déjà là. Ce côté très fouilli au début, représente bien tout le "bordel" du pays. On prend ces personnages au cours d'une route, de leur route, et seul leur chute nous est présenté.

Par son défaitisme à toute épreuve, le film offre très peu de moment de répit, de joie, mais il n'est pas glauque pour autant. On n'est pas chez Haneke.

Les personnages sont tous très humains ici, avec des tourments qui leur sont propres, et des manières d'agir différentes. Le caractère unique de chacun de ses individus, et cette absence de manichéisme et de sentiments trop "écrits", rend le film profondément vrai et touchant.

Tous les personnages de la famille sont humains, et seront forcés à magouiller pour leurs propres intérêts, car la misère sociale les force à cela. Misère sociale accentuée par les décors paraissant très réels, et une colorimétrie assez terne. Celle-ci fait obstacle aux scènes dans la communauté persane, où ici, la colorimétrie est éclatante, signe de richesse et de prospérité.

Le film a quasiment tout du néoréalisme italien, impossible de ne pas penser aux films de De Sica à première vue.

Comme dit plus haut, la mise en scène est expressive, mais aussi très précise avec un sens du détail indéniable. Le film a beau être très verbeux, une certaine nervosité s'y aperçoit.

Leila et ses frères ne tombe jamais dans un pur naturalisme, beaucoup d'artifices de cinéma sont utilisés. Car oui, le réalisateur fait le choix d'insuffler le genre mafia, dans sa tragédie grecque familiale. L'occasion de nous faire vivre quelques scènes de tension, mais toujours utiles pour l'avancer des personnages. Puis même lors de ses coups d'éclat, le film reste intimiste et anti-spectaculaire. Nous sommes plus proche d'un film comme Le Parrain, qu'un Scorsese style Casino ou Les Affranchis. Même si je pense que le film n'a pas grand chose à voir avec le film de Coppola, ici le genre mafia finit par se dissoudre, devenant qu'un simple prétexte à orchestrer encore un peu la destruction de la famille.

Au début du film, j'avais très peur avec le père, peur car il me semblait être le cliché de la victime gentille, et j'ai horreur des personnages qui manquent de nuances, comme Dersou Ouzala. Quand j'ai appris que lui aussi était corrompu, ça m'a rassuré, et j'ai revu à la hausse ces scènes de pleurnichage. C'est à ce moment-là qu'on se rend compte que dans ce pays où tout va mal, personne n'est trop honnête, et que tout le monde essaye de s'en sortir comme il peut. Au coeur des familles, c'est obligatoire que des conflits apparaissent, car chacun cherche ses propres solutions par rapport à ses propres idéaux.

J'ai bien aimé tous les anti-fusil de Tchekhov, les plans rapprochés sur les chaussures du père lorsqu'il monte les marches par exemple, on pense qu'il va tomber.. et non !

J'ai adoré les scènes de regard, notamment entre Leila et ses frères, je trouve les silences très significatifs, on est presque chez Bresson ou Dumont par instant. L'intensité des sentiments humains est si forte, qu'un rien nous émeut, un sourire, un regard, une simple larme etc...

Me vient en tête le dernier regard entre Leila et Alireza, lors d'une scène finale déchirante qui est cruelle et belle à la fois.

Le père meurt iconisé de la même manière que lors de sa première scène, en train de cloper, et ravagé par cet iran destructeur.

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