Famille, je te hais!

Avis sur Leila et ses frères

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Leila et ses frères est un drame iranien de Saeed Roustae de 2022.

Après avoir observé Téhéran sous l'angle du thriller judiciaire et du trafic de drogues avec le convaincant La loi de Téhéran, Saeed Roustae réalise un fresque dramatique intimiste, genre de prédilection du cinéma iranien. Le contexte de Leila et ses frères rappelle beaucoup le cinéma néo réaliste italien des années 50.

"Film fleuve" de près de 2h50, Leila et ses frères raconte le combat sans relâche de Leila, qui s'est dévouée corps et âme à sa famille pour tenter de la sortir de la misère.

Famille, je te hais...

Affublé de 4 frères complexés sans emploi ("vivotant" pour certains de combines en marge de la légalité) et d'un père, vieillard cacochyme en quête éternelle de reconnaissance, Leila a une idée lumineuse dans un pays, l'Iran, frappé par la crise économique et les sanctions internationales: ouvrir une boutique dans un centre commercial où elle occupe déjà un emploi de vendeuse. Pour ce faire, elle propose à ses 4 frères de rassembler leurs économies et d'acheter ce local commercial en commun. Après de rudes tractations avec ses frères craintifs, l'affaire est conclue. Pendant ce temps, leur vieillard de père caresse le rêve de devenir Parrain de son clan, plus haute distinction dans la société iranienne. Cet honneur est décerné par un membre éminent de la famille, fils du précédent parrain récemment décédé, mais cet usage présente l'inconvénient de coûter une fortune à celui qui veut récupérer le fauteuil. C'est un peu le contraire de la Légion d'Honneur en France ^^....

L'orgueil (d'un seul) précède la chute (de tous)...

On se demande bien ce qui peut passer par la tête de ce vieillard malade, "idiot utile" de son cousin Bayram qui l'a intrônisé Parrain, afin que celui ci finance le mariage de son fils unique. En Iran, le Parrain occupe la place d'honneur mais c'est un siège qui revient très cher, surtout à une famille dans le besoin. Qu'à cela ne tienne, Le père achète 30 pièces d'or pour être, pour un soir, la reine du bal....un signe de gâtisme évident contre lequel Leila va se rebeller. L'argent n'est pas remis comme convenu le soir de la cérémonie, un nouveau parrain (un autre vieillard....) est désigné contre le paiement de 50 pièces d'or et Bayram insulte la famille de Leila devant toute l'assistance, déshonorant Esmail en public.

Leila et ses frères achètent la boutique. Le père leur apprend alors qu'il a hypothéqué le domicile familial pour l'acquisition des pièces d'or et que toute la famille se retrouvera bientôt à la rue. Les frères "craquent" et renoncent à l'achat du local commercial.

On comprend alors que Leila est la pierre angulaire de cette famille, ses 4 frères ont tous des failles, à des degrés divers. Quant au père Esmail, il incarne l'ennemi....

La société iranienne est inéluctablement verrouillée, Leila ne pourra pas la changer.
Leila retrouve caché sous un fauteuil du salon l'acte de propriété de la maison. Leur père leur a menti, anéantissant leur rêve de réussite sociale.

Leila et ses frères est un drame intimiste haletant reposant sur un "scénario en béton". A son paroxysme, le drame se transforme en tragédie.

S'adressant à l'un de ses frères, Alireza, Leila déclare:

Tu n'as que des convictions mais tu es dépourvu de toute
réflexion.....

On se demande longtemps qui du père ou de Leila va "remporter la mise", l'un ne pensant qu'à son ego, l'autre à l'intérêt de la famille et à l'avenir.

Dans une scène d'une rare violence, Leila insulte ses parents unis dans l'imbécilité, les traditions et l'échec et gifle son père, aussi pathétique que monstrueux, un acte quasi hérétique dans la société patriarcale iranienne, suscitant même l'ire de ses frères qui viennent pourtant d'être "roulés dans la farine" par leur propre géniteur....

Le casting est convaincant: les 4 frères figuraient au casting de La loi de Téhéran mais c'est surtout Taraneh Aliddosti (Le client, A propos d'Elly...), l'interprète de Leila qui "crève" l'écran dans son rôle de soeur courage cérébrale et discrète, une femme inventive, pleine de ressources, dans un univers où on laisse traditionnellement peu de place aux femmes, en dehors des tâches domestiques.

Le film s'achève par la mort d'Esmail, cigarette au bec, assis dans son fauteuil, au milieu des cris d'enfants le jour de l'anniversaire de l'un d'entre eux. Les regards de Leila qui sourit puis essuie une larme et d''Alireza se croisent, une lueur d'espoir enfin, peut être.....

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