Instinct de survie

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Dans un village de Galice habité par quelques pauvres agriculteurs, Antoine et Olga se sont installés comme producteurs bio, avec aussi l'objectif de retaper des maisons de pierres laissées à l'abandon. Leur refus de laisser s'implanter un champ d'éoliennes sur les terres du village ravive la xénophobie de leurs voisins, pour qui l'argent des éoliennes représente une échappatoire à leur vie misérable.

Embrassant les paysages montagneux de la région, les étendues de forêts, le film a quelque chose de profondément brut de coffre. Il en est de même des hommes du village, avec leurs visages tannés par le labeur et le Soleil. L'authenticité est aussi celle des langues, le français et l'espagnol qui alternent. Bien que critiqué sur sa maîtrise imparfaite de l'espagnol, "le Français" est rejeté pour autre chose, qui dépasse au fond la question de nationalité. En effet, avant d'être Français, Antoine et sa femme Olga sont des gens lettrés qui ont voyagé, qui ont choisi de s'établir en Galice, par choix de vie. Face à eux, Xan et son frère Loren subissent leur existence - à la question de savoir ce qu'ils feraient avec l'argent des éoliennes, Xan répond qu'il ferait le taxi dans une ville proche d'ici, une réponse qu'on ne peut que juger à l'aune de son peu d'ambition.

Film profondément social, mêlant les débats cruciaux de notre ère - l'écologie, la mondialisation, le nationalisme, le partage des richesses -, Las Bestias est aussi un thriller haletant qui interroge notre rapport au monde, sur la cadence effrontée des percussions espagnoles.

Le titre évocateur nous renvoie à notre trivialité. Les frères, comme les loups de Hobbes, Antoine avec son instinct de survie, Olga la bête fidèle jusqu'au bout. Deux scènes construites en miroir sont la manifestation de cet imbroglio entre animalité et humain, entre instinct et raison. Le film commence par une scène d'une grande violence, lors de laquelle deux hommes s'aggrippent à un cheval pour l'immobiliser et le marquer. Plus tard, cette lutte infernale se reproduira mais avec un homme dans le rôle de la bête traquée.

Un film qui en dit long sur les rapports de force régissant les activités humaines.

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