Il y a plusieurs cas de figure dans l’évolution d’une bande.


Le premier, c’est le moteur diesel. Ces groupes qui sortent plusieurs albums pour se roder. On sent le potentiel mais le résultat est bancal jusqu’à ce qu’un chef d’œuvre ne débarque et confirme l’aboutissement de leur progression.


Le second cas, c’est le one-shoot. Ces jeunes gens qui ont débarqué avec un disque tellement bon, tellement insurpassable qu’il fera une ombre inévitable à la suite de leur carrière. Que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons.


Et enfin, il y a le dernier, plus rare, qui est le retournement de situation. Celui d’une formation qui s’est tout simplement plantée avec son premier jet, pour finalement faire complétement oublier ce début anodin voire catastrophique avec une seconde sortie nettement plus aboutie et réjouissante.


L’exemple le plus connu est peut être celui de Radiohead. Poussé par un hit miraculeux, Pablo Honey s’est pourtant révélé être un disque quelconque malgré ses quelques attraits. Qui aurait pu croire que ces petits gars d'Oxford reviendraient avec un album gorgé de tubes et beaucoup plus personnel deux ans plus tard ? Je vais vous le dire, personne. Beaucoup de monde (et en particulier les journalistes) a considéré qu’ils ne seraient qu’un « one hit wonder » de plus.


School of Seven Bells a connu une situation presque similaire, à la différence que les réactions médiatiques étaient inversées : ils ont été acclamés avec leur album le moins bon et ont perdu l’attention des critiques tout en progressant.


Disconnect From Desire n’apporte pas vraiment une rupture dans le style du trio, mais comme les chansons pètent à la gueule immédiatement, on est en droit de se poser des questions. Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Comment un groupe, alors symptôme parfait de tout ce qui ne va pas dans la dream pop voire dans l’indie pop de nos jours, a pu améliorer autant ses compositions et sa production ?


Tout cela n’était en fait qu’une question de choix. Le groupe avait du talent mais il était mal exploité. Fini le tâtonnement stylistique qui ruinait les bonnes idées d’Alpinisms. Cette fois-ci, tout est assumé. Que ce soit le choix de privilégier des textures électroniques (très technoïdes malgré ses clins d’œil appuyés à la synthpop des années 80) et surtout, de faire de la pop. Car ce n’était peut-être pas évident à l’écoute de leur fadasse premier album, mais les New Yorkais font de la pop. Planante, un peu shoegaze, mais de la pop quand même.


« Windstorm » lancé dès l’intro du disque est un message. Ce titre est d’une telle évidence mélodique et d’une telle classe qu’il éclipse les singles vaguement sympathiques de son prédécesseur. Il donne aussi un autre indice sur la réussite de Disconnect From Desire : la voix d’Alejandra Deheza est devenue plus profonde et sexy qu’auparavant. Ce n’est pas que je veuille réduire l’impact de sa sœur Claudia ici, mais c’est bien Alejandra qui tient la vedette et l’avenir le confirmera.


Le reste de l’album parait moins évident au premier contact (à l’exception de « I L U » dont l’émotion folle saura crever le cœur des plus sensibles) mais pourtant très réjouissant. « Joviann » ressuscite la grâce féérique des défunts Lush, « Bye Bye Bye » commence comme du post-shoegaze à la Amp pour rapidement muter en une boucherie dance dream pop au chant (encore une fois) sublime d’Alejandra. « Camarilla » séduit avec sa naïveté twee pop et son instru synthpop… Ce rapide descriptif n’est pas seulement là pour donner des exemples, il montre aussi à quel point le groupe pioche partout même dans des styles inattendus. C’est bien pour cette raison que School of Seven Bells n’a rien à voir avec le revival impersonnel qui sévit depuis plus de dix ans. Comme les meilleurs groupes de rock alternatif, ils ont réussi à construire leur propre style tout en assumant leurs influences et donc, à développer une sorte de charme unique.


Mais alors, pourquoi sont-ils autant sous-estimés aujourd’hui ? Difficile de trouver une réponse à cette question. Car malgré la morte récente du leader Benjamin Curtis, ce groupe disloqué ne semble être soutenu que par ses fans… Un peu comme Curve (dont l’influence sur eux est audible), nous sommes en face de gros poissards qui risquent d’être oublié par l’histoire de la musique. Ce qui ne serait qu’une injustice de plus de sa part en vérité.


Chronique consultable sur Forces Parallèles.

Seijitsu
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le 9 août 2015

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