Arnaud Desplechin - Commentaires

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12 films

par Thaddeus

Sans doute le cinéaste français le plus doué de sa génération. Chacun de ses films crée l’événement et estomaque par son brio, sa richesse et son intelligence ; Desplechin pratique un cinéma extrêmement touffu, romanesque, à la fois habité et cérébral. On peut trouver ça poseur ou artificiel, personnellement j’aime beaucoup.

Mon top :

1. Rois et reine (2004)
2. Un conte de Noël (2008)
3. Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996)
4. Roubaix, une lumière (2019)
5. Frère et sœur (2022)

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  • La Vie des morts (1991)

    54 min. (France). Drame.

    Moyen-métrage de Arnaud Desplechin avec Thibault de Montalembert, Roch Leibovici, Marianne Denicourt

    S’il travaille sur le genre en soi de la réunion familiale, que l’on a vu magnifié chez Sautet ou Pialat, ce moyen-métrage trouve sa voie en jouant sur le mode de la responsabilité affective et sur le sentiment d’exister autant par soi et que par rapport aux autres. Il met en jeu une dialectique de l’attachement filial et filme à la fois l’unité et le groupe, à la faveur d’une caméra fluide et chorale, insistante et interrogative mais jamais inquisitrice. Non dénué des affectations un peu poseuses que les détracteurs du cinéaste ne manqueront pas de brocarder par la suite, le film n’en transmet pas moins, au fil des bavardages et des plaisanteries, des confessions et des silences, quelque chose d’impalpable sur le désarroi, le ressassement, la solitude des survivants face à la disparition des êtres chers.
  • Bande-annonce

    La Sentinelle (1992)

    2 h 19 min. (France). Drame et thriller.

    Film de Arnaud Desplechin avec Emmanuel Salinger, Thibault de Montalembert, Jean-Louis Richard

    Un homme à la recherche de la vérité perd pied avec la réalité, voit son identité volée puis morcelée, se laisse envahir par les fantômes de la culpabilité, du souvenir, de l’Histoire et de ses charniers hypocritement recouverts. Parce que la connaissance véritable de la mort échappe à la science mais pas à la mélancolie, Desplechin soulève la question de savoir comment on peut faire son deuil d’une personne inconnue et d’un monde cliniquement éteint, celui de la guerre froide. Tout son univers est déjà là, dans le foisonnement presque labyrinthique de la narration, le ton singulier entre âpreté romanesque et décalage quasi-fantasmatique, le mystère des personnages. L’exercice est virtuose, assez ardu, éminemment métaphysique, mais sans que je sache vraiment pourquoi il m’a laissé un peu sur le carreau.
  • Bande-annonce

    Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) (1996)

    2 h 58 min. (France). Comédie dramatique et romance.

    Film de Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Emmanuel Salinger

    Je me sens bien plus d’affinités avec ce film-ci, peut-être davantage ancré dans le contemporain, plus tangible, moins abstrait. L’ambition intellectuelle est soufflante : deux heures et demie d’imbrications narratives et existentielles, un fleuve d’intrigues, d’enjeux et de tensions qui ont la densité ouverte et inépuisable d’un roman russe. La vocation ecclésiastique d’un personnage, la passion d’un autre pour un singe, les troubles de mémoire d’un penseur renommé suscitent des rires incertains qui ne font qu’ajouter à la gravité et au mystère désespéré d’un fascinant feuilleton. La fièvre de l’ensemble, la multiplicité des régimes qui blackboulent du marivaudage germanopratin au drame cruel, puis à la comédie surréaliste, le crépitement des références culturelles, littéraires, poétiques… Tout cela est assez immense.
    Top 10 Année 1996 : http://lc.cx/cTf
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    Esther Kahn (2000)

    2 h 22 min. (France). Drame et romance.

    Film de Arnaud Desplechin avec Summer Phoenix, Ian Holm, Fabrice Desplechin

    Un opus peut-être légèrement à part dans la filmographie de Desplechin : rapport à la langue anglaise, à une narration sans doute plus serrée, moins ample qu’à l’accoutumée. De l’ampleur, il y en a pourtant dans cette chronique d’une éducation sentimentale et artistique, d’un apprentissage à la vie de comédienne – et partant, à la vie tout court. D’une grande virtuosité dramatique, très attaché à faire vivre l’évolution intérieure de son héroïne à la recherche d’elle-même, le film est âpre et sec, tourné sans profondeur de champ et avec des couleurs pâles, en faisant la part belle au non-dit, au hors-champ, aux images non résolues logiquement. Assumant de belle manière son héritage truffaldien (de "L’Enfant Sauvage" aux "Deux Anglaises et le Continent"), il enrichit avec brio l’inspiration de son auteur.
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    Rois & Reine (2004)

    2 h 30 min. (France). Comédie dramatique et romance.

    Film de Arnaud Desplechin avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Jean-Paul Roussillon

    Retour au Desplechin pur jus, celui de "Comment je me suis disputé…", avec une nouvelle intrigue en deux mouvements dont l’incroyable prodigalité romanesque laisse pantois. Là encore, la facilité avec laquelle Desplechin passe d’une tonalité à l’autre n’a pas de limite : entre la tragédie pure gorgée de nœuds œdipiens et la comédie bouffonne (avec un Amalric déchaîné), le film se permet autant de ruptures insensées que de sutures fécondes, déploie une générosité folle, impose une virtuosité formelle de tous les instants, et délivre surtout, avec une sensibilité et une gravité assez bouleversantes, une méditation profonde sur la famille, la paternité, l’héritage, la transmission. Il est comme un feu d’artifice libérant des stridences et une énergie électriques, dont on admire le jeu à l’état pur : un grand film vivant.
    Top 10 Année 2004 : http://lc.cx/UPe
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    Un conte de Noël (2008)

    2 h 32 min. (France). Comédie dramatique.

    Film de Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny

    Il y a encore tant à admirer ici : la richesse effervescente d’une narration se faisant tour à tour intime, allégorique, mythologique, la mise en scène de feu qui se permet tout, le crépitement des situations, la façon dont la tendresse s’habille de cruauté, celle dont le film furète du côté de la farce burlesque avant de bifurquer vers la chronique bergmanienne, puis vers la thérapie de choc ou le conte familial. La précision analytique de la douleur infligée par la simple présence au monde peut faire mal mais le film fonctionne aussi bien comme un joyeux exutoire où tous les tourments sont partagés par des prochains profondément aimables – tel est l’humanisme réel de Desplechin, qui s’exprime autant dans la joie que dans la souffrance. On en sort avec l’impression d’avoir vu dix films ultra-brillants en un.
    Top 10 Année 2008 : http://lc.cx/UP8
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    Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) (2013)

    Jimmy P. (Psychotherapy of a Plains Indian)

    1 h 57 min. (France). Drame.

    Film de Arnaud Desplechin avec Benicio Del Toro, Mathieu Amalric, Gina McKee

    L'aventure de Desplechin dans les contrées américaines fonctionne tout à la fois comme un mouvement d'extension et comme une conquête d'apaisement. La fièvre et la confusion se sont taries au profit d'une densité plus contenue, qui s'en remet à l'entière puissance du langage et opère une captivante investigation intérieure. Il y a certes moins de puissance brute que par le passé, mais une humanité nouvelle déployant sans forcer, dans le cadre bienveillant de la recherche médicale et interculturelle, l'émouvante évidence d'une amitié sans contrainte, parcourue d'un profond respect mutuel. Avec ses acteurs épatants de complémentarité (introspection mutique de l’un, bravade flamboyante de l’autre), le film s'offre comme un beau traité d'échange, d'apprentissage et d'ouverture à son prochain.
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    Trois Souvenirs de ma jeunesse (2015)

    2 h 03 min. (France). Drame et romance.

    Film de Arnaud Desplechin avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric

    Paul Dédalus se souvient. Il réactive le souvenir de sa dulcinée (franchement agaçante, d’ailleurs) et opère le travail introspectif qui permet d’atteindre équilibre et quiétude. L’occasion pour Desplechin de récapituler sur un mode à la fois grave et ludique, le long d’une très belle chronique des illusions perdues, les ressorts, procédés et motifs de son cinéma. Mordant à pleines dents dans un foisonnant tissu narratif, s’autorisant des échappées parfois jubilatoires dans les registres du fantastique enfantin et de l’espionnage rétro, le cinéaste fait briller son art très personnel du romanesque et de la citation, stimule l’intellect autant que l’instinct de jeu, creuse une matière considérable où la littérature, la philosophie, la politique, la psychanalyse se nourrissent mutuellement. La réussite est totale.
    Top 10 Année 2015 : https://lc.cx/4xvN
  • Bande-annonce

    Les Fantômes d'Ismaël (2017)

    1 h 54 min. (France). Comédie dramatique.

    Film de Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg

    Comme souvent chez Desplechin, la fiction naît de cette fraction de la vie qui marque la fin d’une longue période d’immobilisme et le début d’autre chose : autrement dit une crise. L’humaine matière ne présente de l’intérêt que par ses failles, et l’artiste affectionne le vif du sujet dans le plaisir de la pensée qui s’énonce, le raisonnement par la parole, les entrelacs d’une langue considérée comme interface de l’imaginaire et de l’inconscient. Et si ses effusions romanesques semblent ici grippées, si son propos se cogne aux contingences de l’intrigue comme une mouche contre les parois du verre qui l’emprisonne, c’est sans doute parce que, derrière l’alibi revendiqué des effets de signature et des références cinéphiles, le film invite à une farce narquoise sur les atermoiements et les impasses de la création.
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    Roubaix, une lumière (2019)

    1 h 59 min. (France). Thriller, drame et policier.

    Film de Arnaud Desplechin avec Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier

    Il aurait été saugrenu d’attendre de la première incursion du réalisateur dans le polar autre chose qu’une proposition personnelle. C’est comme une enquête de Simenon revue par Dostoïevski, dont le héros serait moins un policier qu’un accoucheur de vérité, un confesseur de la parole libératrice, un ange de douceur et de patience – vertus ne parasitant à aucun moment l’acuité qui caractérise le récit. Sans donner congé au biographique et au romanesque, les deux forces ayant toujours nourri son œuvre, le cinéaste scrute ces profondeurs de la condition humaine que reflètent la misère et la détresse sociales. Sa méthode relève ainsi d’un art de comprendre, de regarder le monde bien en face, avec une empathie profonde que relaient les prestations très émouvantes de son impressionnant trio d’acteurs.
    Top 10 Année 2019 : https://urlz.fr/bJLf
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    Tromperie (2021)

    1 h 45 min. (France). Drame et romance.

    Film de Arnaud Desplechin avec Denis Podalydès, Léa Seydoux, Emmanuelle Devos

    Si le talent de Desplechin était indispensable pour valoriser le discours sans faire oublier l’image, il ne suffit pas à surmonter complètement la rigidité assez théorique du dispositif. Fétichistes du mot, les personnages s’y livrent à un jeu d’attirance où le cérébral et le charnel sont indissolublement liés, au sein d’un bureau qui tient à la fois du cabinet de psychanalyse et de la chambre à coucher. En émane une sorte de théâtre performatif dont les bouffées d’inspiration se heurtent à quelques assommants tunnels verbeux, où la parole ouvre des brèches vers la scène mentale du désir, où la petite mort est un exutoire qui permet de conjurer la grande, où les contours de l’intimité nourrissent le vertige de la fiction. Sans ses acteurs (notamment Léa Seydoux, vibrante), le film basculerait sans doute du mauvais côté.
  • Bande-annonce

    Frère et sœur (2022)

    1 h 48 min. (France). Drame.

    Film de Arnaud Desplechin avec Marion Cotillard, Melvil Poupaud, Golshifteh Farahani

    Le cinéaste poursuit son exploration de la famille, lieu des grandes passions, de sentiments démesurés dont il retrace la généalogie : la haine franche, incandescente, sans mélange, qui a opposé pendant des années un frère et une sœur, pour une raison obscure et sans doute absurde. De quoi est fait un lien de parenté ? De quel mystère, de quelle violence ? Redoutables questions, formulées à travers une chorale arborescente de secrets, de mensonges, de trahisons et de blessures profondes, sans que jamais le pathos ne vienne brider le sens très sûr du romanesque. Il s’agit pour les personnages de rendre les armes, de ravaler leur orgueil, de filer vers la lumière, de réparer ce qui a été défait. Et pour Desplechin, de les guider sinon vers le bonheur, du moins vers la réconciliation et une perspective d’avenir.