Une marche pour l'oscar

Avis sur Wild

Avatar Laurent Doe
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Avec son sujet et son titre, on pense aussitôt au "Into the wild" de Sean Penn. Mais Jean-Marc Vallée prend un chemin différent. Ce n'est pas seulement une femme face à la nature, c'est aussi une femme face son passée, ses blessures et ses démons.

"Je préfère être un marteau, qu'un clou", c'est avec ce leitmotiv, qu'avance Reese Witherspoon. Une phrase provenant du titre de Simon & Garfunkel "El Condor Pasa", qui va la porter tout le long de sa randonnée. Reese Whiterspoon se lance dans le PCT (Pacific Crest Trail), une randonnée de 1700km, commençant à la frontière Mexicaine et se terminant à celle du Canada, du soleil à la neige.
Le film débute avec cette longue marche, sans connaitre la ou les raisons, qui l'emmène à entamer ce périple long et périlleux, pour une frêle jeune femme néophyte. Mais surtout une femme de caractère, restant calme face à la gérante de l’hôtel, insinuant que c'est une "salope". On prend aussitôt parti pour elle, on a envie qu'elle réussisse son défi, sans ne rien savoir d'elle. L'empathie à son encontre, se met en marche, surtout que l'on sent une douleur, derrière ce périple.

Mais comme dans le magnifique "Dallas Buyers Club", Jean-Marc Vallée ne tombe pas dans la facilité; du moins au début; en offrant un peu de légèreté. Reese Whiterspoon livre son premier combat, face à son sac à dos....Elle va s'imposer, non sans mal et en imitant parfaitement une tortue en panique sur le dos. Mais cet énorme sac à dos, peut aussi être considéré comme le poids de ses péchés. C'est son fardeau, qu'elle va traîner, qui va la marquer, l'épuiser et la faire plusieurs fois plier.
Sa randonnée est entrecoupée de flash-backs, la ramenant à son passé. Seule face à la nature, elle ressasse les moments marquants de sa vie, les bons, comme les mauvais. On entend ses pensées, ses doutes, comme l'on voit furtivement, les tragédies qui ont jalonné sa vie, de son enfance à nos jours. La femme d'apparence douce, se révèle un monstre d'égoïsme, un être cherchant à se perdre dans la drogue et le sexe, brisée par le décès de sa mère. La perte d'une personne proche a divers conséquences, sur le psyché de chacun et sur celui de Reese Witherspoon, il est autodestructeur.

Si l'histoire n'était pas vraie, on pourrait lui reprocher un excès de pathos. Mais elle est inspirée de la vie de Cheryl Strayed. Si vous êtes de bons spectateurs, vous pourrez voir des photos d'elle lors du générique de fin, ou elle arbore les mêmes tshirts, que ceux portés par Reese Whiterspoon, tout le long du film. Une ressemblance dans les moindres détails, qui lui permet d'être nominée aux oscars. Matthew McConaughey l'avait décroché l'année dernière pour "Dallas Buyers Club", Jean-Marc Vallée va-t'il devenir le metteur en scène, qui envoie son interprète principal jusqu'à l'oscar ? Réponse dans un mois.
Comédienne surtout connu pour les comédies "La revanche d'une blonde" et sa suite "La blonde contre-attaque", elle avait entamé son virage dramatique depuis quelques années, avec "Walk the line". Mais c'est difficile de se débarrasser de l'image d'une blonde superficielle. Avec "Wild", elle prouve enfin au monde, qu'elle est une actrice complète et à l'approche de la quarantaine, souvent une période délicate pour une femme dans le monde machiste d'Hollywood. Elle démontre, qu'il faudra encore compter sur elle, grâce à son jeu subtil, sa grâce et sa fragilité, qui la rende unique.

Sans la prestation de Reese Whiterspoon, le film serait moins intéressant. Elle porte le film sur ses épaules. Sa randonnée est doucement reléguée au second plan et même si les paysages sont beaux, on sent rarement son isolation. En dehors de la scène d'ouverture, dure mais puissante, comme son cri. C'est une suite de rencontres, plus ou moins sympathiques et finalement, elle n'est pas vraiment seule face à elle-même.
Elle va croiser la route de Michiel Huisman (Tremé, GoT), Kevin Rankin (Gracepoint, Unforgettable) et JD Evermore (Walking Dead, True Detective), entre autres. La nature étant surtout un lieu ou les hommes peuvent exprimer leurs animosités, en bien ou en mal. Alors que son passé se compose de femmes, sa mère Laura Dern et sa meilleure amie Gaby Hoffman (Girls, Transparent), puis cet homme Thomas Sadoski (The Newsroom), celui qui souffre autant qu'elle, mais à cause et pour elle.

S'il ne renoue pas avec la réussite de "Dallas Buyers Club", dont il est difficile de ne pas faire la comparaison, tant le parcours de Matthew McConaughey et Reese Witherspoon, sont similaires : deux êtres vivant dans les excès de la vie, avant d'entamer une rédemption salvatrice pour eux. Il reste de bonne facture, malgré une dernière demi-heure ennuyeuse, avant de rebondir face à cet enfant, à la bouille et à la politesse, si adorable.
Le parcours ne sera pas sauvage, ni transcendant. Malgré les aléas, elle est plutôt tranquille et on ne souffre pas vraiment avec elle. On reste surtout en admiration face à sa performance et ça donne envie d'enfiler ses chaussures de randonnée, pour nettoyer son esprit et son coeur, afin de renaître et d'entamer une nouvelle vie, meilleure de préférence.

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