Avec « Les cahiers d’Esther » et surtout « L’Arabe du futur », Riad Sattouf a pris une nouvelle dimension dans le monde de la bande-dessinée. Son passage au cinéma lui avait déjà ouvert un public plus large, ces deux séries n’ont fait que confirmer la tendance. Dans « Les cahiers d’Esther », cette dernière raconte sa vie d’enfant et, aujourd’hui, de préadolescente. L’auteur espère pouvoir continuer la série jusqu’au dix-huit ans de la jeune fille. Espérons qu’il y arrive, du moins si ces histoires gardent leur intérêt. Le tout est publié chez Allary Éditions.


« Les Cahiers d’Esther » fonctionne sur des histoires vraies racontées par une gamine à Riad Sattouf. Une page, une anecdote. Parfois, cela court sur deux pages, mais c’est rare. Le troisième tome avait amorcé un changement avec le passage d’Esther au collège. Cumulé avec les élections présidentielles, le propos s’était fait moins léger. Beaucoup de réflexion d’Esther sur la vie, la série évoluait un peu et perdait, non pas en intérêt mais en fraîcheur.


Curieusement, en 5ème, Esther retrouve cette spontanéité. Après les passages plus sérieux et les réflexions sur la vie, le ton redevient très léger. Malgré tout, les réflexions sont bien de son âge. Esther n’est plus une enfant ! On retrouve ainsi les problématiques d’une élève de son âge : l’appareil dentaire, les premières règles, la nana lesbienne dans sa classe et… les garçons, à la fois adorés et détestés. Le tout est raconté avec le langage des jeunes, d’une vulgarité sans égal. Il est intéressant de voir combien Riad Sattouf nous crée un univers proche des enfants et ados d’aujourd’hui, à des années lumières d’ouvrages aseptisés (idéalisés plutôt ?) comme « Les Carnets de Cerise ». L’un n’est pas meilleur que l’autre, mais il faut bien avoir conscience de la différence entre ces enfances idéalisées et la dure réalité. Pour côtoyer des élèves de 5ème toute la journée, ils ressemblent parfaitement à Esther et à sa façon de voir le monde !


Raconter des histoires vraies, c’est bien. Les raconter pour les mettre en valeur, c’est mieux. Il ne faut pas mettre de côté le sens de la narration de Riad Sattouf qui sait parfaitement mettre en scène ce petit univers : la famille, les copines et les stars dont Esther aime tant parler. Le dessin est simple et expressif. Et si la mise en couleur en bichromie est aussi un moyen d’aller vite, elle est très bien utilisée pour mettre en valeur certains propos. Du beau travail qui prouve qu’un dessin qui parait facile est plus riche que l’on ne croit.


Si le tome 3 avait pu décevoir ou perturber certains lecteurs, qu’ils n’hésitent pas à passer à la suite. Esther est toujours aussi attachante et surprenante et on prend plaisir à la voir grandir. Et on redoute le moment où elle ne voudra plus raconter sa vie à Riad Sattouf. Ou pire encore, le jour où son auto-censure ferait perdre l’intérêt de ses anecdotes. Profitons-en !

belzaran
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le 30 mai 2019

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