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Un saint en hiver

Avis sur The Black Saint and the Sinner Lady

Avatar Chanclissard
Critique publiée par le

Hiver 1963, une saison calme comme un manteau de neige, l'Histoire s'est arrêtée un moment.
Hiver 1963, New York, The Black Saint and the Sinner Lady, le Monstre, est conçu. Onze Musiciens. Trente neuf minutes et vingt cinq secondes.

Que s'est-il passé ? Bon, Charles Mingus est un excellent jazzman, cela ne fait aucun doute, mais cela n'explique pas tout. Mingus était déjà une légende, il s'était fait sa petite place à côté de Monk dans les bibliothèques bourgeoises, il n'avait plus rien à prouver, il pouvait continuer à composer des valeurs sûres comme Blues & Roots, dont on écoute volontiers un Moanin' pour se mettre la patate.
Au lieu de ça ... La fièvre, le perfectionnisme qui confine à la folie, le projet si périlleux d'un l'album-morceau, le changement brutal. On reconnaît la patte Mingus, mais quelque chose est changé.

Ouverture, batterie, et cette respiration. Qui ouvre et clôt l'album. On sent tout de suite que quelque chose ne tourne pas rond, que cette galette a quelque chose d'anormal, qu'elle n'aurait pas dû exister. On dirait le début d'un album de métal.

Un saxo prend son envol, porté par le vent cuivré du reste de l'orchestre. Comme un coup dans l'estomac qui coupe le souffle. Puis l'on est projeté ailleurs, une autre ville se dessine, ces instants de vie nous seront volés, aspirés pour qu'il puisse revivre à travers nous ; je ne sais pas très bien qui, peut-être Charles Mingus, à moins que Mingus lui-même fût hanté par ce surhomme inconnu lorsqu'il conçut le Monstre.

Chaque seconde vécue à nouveau, à l'infini, dans sa perfection. Il n'y a jamais eu de musique avant cette musique.

Presque dix-huit minutes se sont écoulées … La troisième piste est déjà bien entamée … Quelque chose déraille à nouveau. Lentement. De plus en plus vite. Les deux minutes habitées, il est trop tard pour ne pas les écouter. Tout arrive en même temps. Les images défilent. Les couleurs chaudes et obscures, les sentiments, les rires perdus, les souvenirs, les caresses d'un bain paresseux, les pleurs dans l'oreiller, les passions, la fatigue, le petit appartement obscure perdu au centre du monde, les échecs, une bouteille d'alcool jetée du haut d'un pont rouillé, les trahisons, la grêle sur les murs gris, la déréliction, la solitude, la médiocrité comme invincible ombre du temps, les coups de téléphone de la mère, le désespoir, les femmes aimées, les heures gâchées à regarder d'idiots pigeons, la mort de la ville et la disparition du soleil, la tentation d'en finir, le jazz, les vaines excursions à cinq heures, le fantôme de la folie, la grâce.
Dix ans viennent de s'écouler en deux minutes. On reprend petit à petit conscience, abasourdi, abattu par une grande fatigue.

Le manège reprend. Silences. Flamenco. Calme et contemplation.

La dernière note de l'album, la plus illogique qui soit. Ces trente neuf minutes et vingt cinq secondes ne seront même pas résolues. L'album restera une géniale erreur.

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