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De Berlin à Paris

Avis sur Équinoxe

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Jean-Michel Jarre, aka l'Homme aux concerts gargantuesques — jusqu'à l'équivalent de la population de l'Uruguay en un seul show... pas mal, pas mal — , mais aussi un artiste à la carrière parfois assez chaotique, notamment depuis quelques années avec les terriblement décevants Electronica part 1 et 2... sans compter les quelques égarements tels que Métamorphoses... Véritable chouchou du quarantenaire nostalgique qui voit en JMJ l'inventeur (sic) d'un quelconque style "inédit", idole des néophytes chauvins en matière electro progressive etc. etc. Enfin bref, vous connaissez la chanson...

Mais malgré cette image de superstar, JMJ reste un artiste que je trouve vraiment très intéressant. Et s'il n'est guère l'initiateur de la grande révolution qui colle à son patronyme, il faut quand même avouer que la JMJ-touch, chaleureuse et entêtante, réserve un bon paquet de surprises ; en témoigne ce deuxième gros succès de Jarre : Équinoxe. Pour bien comprendre le raz-de-marée engendré par l'album, il me parait important de le resituer brièvement dans l'histoire. Après avoir pondu un timide — mais plutôt sous-estimé — essai dans le plus pur esprit du Groupe de Recherches Musicales, (Schaeffer, tout ça, tout ça) et une OST de film pas des plus inventives, il finit par rencontrer le succès en 1976 grâce à Oxygène : véritable succès commercial qui contribuera à l'essor de la mode de l'électronique en France. Et c'est deux ans après Oxygène que le fameux Équinoxe fait son apparition. Bon, j'ai ouï dire que l'album racontait une journée-type ou je ne sais pas quoi. Mais en fait, le plus intéressant dans cet Équinoxe est qu'il constitue une excellente ouverture pour la teutonnerie voisine tout en apportant une once de créativité et de personnalité.

En effet, tout comme Oxygène, Équinoxe se veut avant tout comme une sorte de vulgarisation de Klaus Schulze et de l'école de Berlin d'une façon plus générale. Effectivement, quand JMJ a délaissé l'esprit GRM (vu plus haut), il a en même temps opté pour une direction artistique moins abstraite et plus mélodique, tournée vers l'élaboration de schémas bien catchys et bien entêtants. Alors oui, c'est beaucoup moins progressif qu'un album de Tangerine Dream et beaucoup moins porté vers la continuité comme Klaus Schulze ; ce qui fait qu’Équinoxe manque parfois homogénéité et semble enchaîner une suite de morceaux de façon plus ou moins éparse. Je dirais d'ailleurs que les fondus sont le principal bémol de cet album, notamment celui qui introduit la quatrième partie. Mais bon, cela n'empêche pas les prouesses musicales à côté, encore une fois.

Le meilleur exemple de créativité ? Eh bien la quatrième partie justement, avec sa rythmique assez stressante sur fond de synthétiseurs sans la moindre attaque, comme si JMJ entamait une sorte de descente dans un monde onirique... ou plutôt cauchemardesque en fait. Autre joyau : la partie 5. En effet, si vous êtes férus de séquences de sons d'ARP 2600 et consorts, vous remarquerez très certainement que le cinquième morceau est peut-être celui, avec le septième, qui porte le plus les gènes allemands au fond de lui avec, en bonus, un joli travail de la stéréo lors de l'exécution de certains arpèges. Quant au reste de l'album, JMJ alterne les rythmiques endiablées et les passages plus planants... tout ça en l'espace de moins de quarante minutes.

Quarante minute... je crois que c'est ça qui est le plus fou avec cet album. Car oui, finalement la grosse qualité d’Équinoxe repose sur ce côté aussi expéditif que démonstratif. Comprenez par-là que la maestria de Jean-Michel Jarre opère dès les premières minutes et permet une immersion immédiate nullement sacrifiée sur l'autel de l'esbroufe. Alors oui, c'est clair que ça n'est pas aussi inventif qu'un album de Schulze ou de Schröder. Mais comme je l'ai dit, Équinoxe constitue, tout comme Oxygène, la porte d'entrée vers la grande famille de l'electro progressive. En résumé, la France a imité l'Allemagne, mais non sans y apporter, au passage, une simplicité illustrée par cette aura aussi apaisante que fascinante... ainsi qu'un côté moins radical et donc une écoute plus accessible !

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