Virtuosité coréenne.

Avis sur Decision to Leave

Avatar Rémy Fiers
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On n’avait pas vu l’un des plus grands auteurs sud-coréens nous proposer une œuvre de son cru depuis plus de cinq ans. Cette œuvre s’intitulait « Mademoiselle » et il s’agit bien sûr du grand Park Chan-Wok, l’auteur de l’inoubliable « Old Boy », primé à Cannes. Et il revient par la grande porte puisque son dernier film, « Decision to leave » a également été sélectionné par le plus prestigieux festival de cinéma du monde où il y a remporté un Prix de la mise en scène on ne peut plus mérité. En effet, virtuose, renversante et magistrale, la réalisation du cinéaste emporte tous les suffrages et montre la totale maîtrise esthétique et technique du cinéaste. Chaque plan du film est travaillé, réfléchi et adapté à son sujet. Park Chan-Wok nous en met donc plein la vue avec cet exercice de style hitchcockien de haute volée que certains pourront trouver peut-être vain et superficiel mais qui régale le spectateur du début à la fin et transpire l’amour du cinéma à chaque minute.

La virtuosité de la mise en scène de cet illustre réalisateur trouve son apogée ici grâce à un script qui lui permet de laisser libre cours à sa soif excitante de cinéma. Une idée par plan ou presque et des moments de grâce visuelle à n’en plus finir sans pour autant sombrer dans une mise en scène prétentieuse, nombriliste et consciente de ses effets. Non, « Decision to leave » c’est la personnification de l’art de la réalisation en cent quarante minutes, un cours de mise en scène presque. L’intrigue, faite de faux-semblants, de manipulation et de chausse-trappes a toujours une longueur d’avance sur le spectateur, prenant un malin plaisir à le bousculer et lui faire rebattre les cartes. On pourra certes admettre qu’elle est parfois inutilement tarabiscotée et que le cinéaste semble parfois s’y perdre avec nous car, en bout de course, il semble perdurer quelques zones d’ombres. Et le film en lui-même demande beaucoup (trop) de la participation du spectateur qui peut avoir du mal à s’y retrouver, notamment les vingt premières minutes.

Cependant, c’est le prix à payer d’un cinéma magistral, intense et exigeant devrait-on se dire! La distribution se met au diapason du cinéaste et se prête admirablement bien à ce jeu de dupes où femme fatale, détective amoureux, trahison et arnaque se taillent la part belle dans une sorte de polar fait de suspense romantique et au goût à la fois moderne et suranné. Il y a même quelques saillies humoristiques qui passent plutôt bien et un tempo qui ne faiblit jamais alors que le film est plutôt long. L’attention du spectateur est toujours tenue en éveil par des rebondissements ou des informations et détails à soumettre à ce puzzle mental presque ludique. Ici le cinéma manque peut-être de profondeur au point de paraître joliment superficiel et ostentatoire tout en nous galvanisant par son scénario retors et ses images léchées dont la création et la juxtaposition cristallisent l’essence du cinéma.

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