Crise de la trentaine

Avis sur Hey June

Avatar Laurent Proudhon
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Cinq ans après le multiprimé « Zaï Zaï Zaï Zaï », le prolixe Fabcaro nous revient avec « Hey June », qu’on peut considérer comme une petite récréation. Prolixe, car il s’agit du dixième album publié depuis l’œuvre qui l’a révélé, que ce soit en tant que dessinateur ou scénariste… L’auteur montpelliérain s’est ici attelé aux dialogues pour ce strip au mini-format mis en images par Evemarie, nouvelle venue dans la bande dessinée.

Si anecdotique soit-il, l’ouvrage n’en est pas moins digne d’intérêt, car comme à son habitude, Fabrice Caro fait mouche en nous servant des répliques ciselées, confirmant son sens inné de la punchline. Evemarie quant à elle possède un style actuel qui colle bien à l’esprit « Fabcaro ». On ne la connaît pas suffisamment pour l’affirmer, alors on se pose la question : June serait-elle une sorte de double d’Evemarie, qui elle-même serait l’alter-ego féminine de Fabcaro ? N’ayant pas la réponse, on peut juste le penser : c’est loin d’être impossible, c’est même fort probable, d’autant que June fait aussi de la BD…

Personnage fictif ou réel, peu importe, on ne peut pas dire qu’on l’adore, June, elle nous agacerait même parfois, mais on aimerait bien l’avoir comme copine. Pas de doute, cette jeune femme, à la fois un peu paumée et adepte de l’irrévérence comme mode de vie, appartient bien à son époque. Et elle nous fait plutôt marrer avec ses airs revêches, ses répliques caustiques et sa « frange-bouclier » qui lui obstrue les yeux, creusant autour d’elle un gouffre de solitude avec les mecs. Ce qui est fâcheux quand, comme elle, on est capable de revendiquer son goût pour le sexe masculin, obstacle possible à une relation durable… Mais il y a aussi ses dilemmes (arrêter la clope) et son autodérision (le non-sens de sa vie) qui du même coup rende attachante cette trentenaire adulescente, petite sœur d’Agrippine, l’un des personnages fétiches de feu Claire Bretécher.

La bonne idée a été de titrer chaque strip d’une chanson des Beatles (le titre de l’album n’étant qu’un hommage clin d’œil à leur ultra célèbre « Hey Jude »), et on le sait depuis au moins « Like a Steak Machine », Fabcaro est un fan assidu de pop-rock. Ces derniers font d’ailleurs des apparitions récurrentes au fil des pages, aux côtés de la vieille voisine râleuse et du double cartoonesque de Fabcaro dessiné par Fabcaro lui-même, histoire de prouver peut-être que même son trait s’accorde étonnement bien à celui d’Evemarie, dont on apprécie la drôlerie, la fluidité et la rondeur. En collaborant avec cette jeune dessinatrice, l’auteur montpelliérain ne s’y est pas trompé, probablement séduit par ce mélange d’assurance et de nonchalance qui fait tout autant le bonheur du lecteur.

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