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Or noir par Aymeric Kvmikvz

Avatar Aymeric Kvmikvz
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Lors de sa sortie, Or Noir s'impose comme un classique instantané. Aujourd’hui, ce disque est tout simplement perçu dans le rap français comme une étape importante dans le développement de la trap en France.

Propulsé par Booba sur le morceau Kalash, Kaaris est la créature du Duc de Boulogne avant de devenir son concurrent. Sur les 18 titres qui composent son fameux premier disque, Kaaris va exploiter l'expérience de son mentor en matière d’albums. Celui-ci va lui infuser une dextérité caractéristique de son savoir-faire, en le conseillant sur l’ordonnancement des morceaux. Le rap US aussi contribue beaucoup à cette recette. Finally Rich, sorti un an avant, donne l'exemple à suivre pour la composition des morceaux. Beaucoup moins violent, Futur de Booba, sorti en 2012, avait déjà expérimenté le style du Sud des États-Unis mais sans parvenir au niveau d'Or Noir en termes de trap pure. Kaaris se réapproprie l'héritage drill de Chief Keef et Lil Durk, qu'il dit alors écouter, pour en transposer les codes dans l'hexagone. Grâce à un argot du cru, des instrus menaçantes et une tonalité résolument sombre, son rap hardcore va séduire les oreilles françaises peu habituées à un tel déferlement de violence. Kaaris va imprimer une empreinte de mammouth sur le 93. Grâce à son succès, nombreux sont les rappeurs qui vont bénéficier des projecteurs braqués sur l'ours chauve.

Avec le recul on peut regretter que les instrus de Therapy soient devenues si génériques. Mais à l’époque, il s’agit d’une petite révolution : la production spartiate totalement nouvelle à base de synthés gangsta, de cloches qui sonnent le glas regorge d’efficacité. La structure des morceaux a beau se répéter un peu, l’homogénéité du projet n’en ressort que plus forte. 18 titres faits d’une seule couleur: le noir. Mais entrons dans le vif du sujet.

L’univers de Kaaris se caractérise d’abord par sa grosse voix, son flow autoritaire. Le personnage campe des rôles de conquérant, de narco-trafiquant... Il se présente sous les traits d'un super-vilain, le croque-mitaine qui inquiète tes parents quand tu sors, capable de te fracasser la gueule pour une cigarette refusée. Punchlines set gros sons percutants sont l'autre atout de cet album habité de bout en bout par un Kaaris en grande forme.

Bizon ouvre l’album, un morceau sans refrain, 3 minutes de savatage en règle sur un flow magistral. La première apparition de gimmicks « OOOH CLICK ». Et un enchaînement de punchlines très imagées d’où leur propension à rester longtemps gravées dans la mémoire. Pour Kaaris comme pour Booba, apprécier ses paroles signifie faire un effort de représentation mentale, en s’imaginant ce qu’il dit mot pour mot. Tu écoutes le son, Kaaris plante sa tente Quechua dans ton crâne.

Premier extrait de l’album. C’est sûrement le son le plus influent de ces 10 dernières années, il a tellement changé le rap français. Quand il sort on se demande à quel animal on a affaire. Sur Zoo, Kaaris rappe sur une demi-mesure comme ses modèles Lil Durk et Lil Reese, sur Beef. Le morceau tabasse la gueule. A l’époque, la criminalité contenue dans les paroles suffit à faire de Kaaris un rappeur street-cred. On ne se demande pas s’il fait tout ce qu’il dit mais l’incarnation du personnage est tellement bien menée de bout en bout que le doute n’est pas permis. A l’époque, parce que depuis Kaaris a montré qu’il n’est pas un vrai méchant et dans une recherche de polyvalence s’est un peu égaré du croque-mitaine des premières heures. On lui reproche de faire ses ablutions avec du ciroc et d’invoquer Iblis dans ses lyrics, d’être un « sotoniste ». Kaaris jouit d’une aura diabolique.

Le rappeur sevranais savoure sa revanche sur Binks « J'écoute tes couplets, ta zik, Trop des barres/J't'apporte des gobelets en plastique pour ton pot d’départ». Sans pitié : « J’lève mon glaive/Ouvre ta gueule j’te fais un bec de lièvre ». « J'ai vu mon sang rouge sur la jolie fleur blanche du coton, c'est pour ça que ma grosse queue fracasse les parois de leur colon » Raffinement, subtilité, puis vulgarité indicible. Les deux traits coexistent dans la personnalité de Kaaris. Capable du « pire comme du meilleur, c’est dans le pire qu’il est le meilleur ».

Un banger bresom, Bibi, son meilleur titre à ce jour, celui qui a le moins vieilli. 5 minutes pendant lesquelles il « assène sa haine à la Ben Laden ». Sa grosse voix fait le reste. Niveau punchline, qu'on aime ou qu'on n'aime pas le côté hardcore de Kaaris, faut reconnaître que c'est un poids lourd.

Une suite de punchlines dans Bouchon de liège : « J’te bouffe la schneck comme une viennoise/En même temps j’fume ma O.G. Kush/En même temps j’attrape une grosse mouche avec une paire de baguettes chinoises ». Il pousse l’ego-trip jusqu’à l’absurde.

Paradis ou Enfer, son morceau le plus engagé et mystique. Dedans Kaaris, intransigeant, dit qu’il n’est prêt à faire aucune concession. Parmi ses plus belles phrases : « Le temps est gris-noir/Difficile d’y voir ». Le titre contient toute l’ambivalence dialectique du rappeur pris en étau entre le respect des principes spirituels (l’Islam est sa confession) et le vice assumé.

Dès le départ est un morceau que j’adore, que j’écoute encore aujourd’hui. Beaucoup moqué à sa sortie pour son phrasé gogol couplé à la pauvreté des lyrics, il me semble être le plus parfait exemple actuel de « trap à la française ».

63, autre banger kaarisien sur une instru lourdissime de Monsieur Therapy. « J’ai des traces de coup d’fouet à la place des tatouages ». Kaaris incarne aussi la mémoire de la communauté noire, les séquelles de l’esclavage en premier.

J’ai écouté ces morceaux un bon 1000000 de fois. Je les connais par coeur. Et je pourrais citer à peu près tout l'album, évoquer ses prod' absolument magistrales, si charnières du passage des années 2000 aux 2010 mais je vais pas le faire. Or Noir est un album charnière et qu’on n’aime ou n’aime pas ce style de rap, qu'on accroche ou pas à son univers de racaille impénitente, force est de reconnaître qu’il sait faire preuve d’ingéniosité et de raffinement dans l'insulte.

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