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Sharp Objects par Laura Emilie

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J'ai toujours été férue de lecture mais pendant très longtemps, je n'ai pas lu de thriller. Aucune idée de pourquoi, mais je n'en avais jamais lu. Jusqu'au jour où ma mère, pour ne pas la citer, me refile sa dernière lecture "Sur ma peau" de Gillian Flynn. C'était il y a quelques années déjà, mais je me souviens parfaitement que je passais des heures sur mon canapé sans pouvoir lâcher ce bouquin. Et tout au long de ma lecture j'étais baladée par l'auteur sur différentes pistes, mais à aucun moment je ne me suis doutée du final, qui m'a vraiment scotchée. Depuis j'ai lu tout ce que Gillian Flynn a écrit, vu les adaptations de ses romans ("Gone Girl" par David Fincher et "Dark Places" par Gilles Paquet-Brenner). J'ai prêté les romans à tout mon entourage en leur disant "Faut absolument que tu lises ça" et en général on me rendait les bouquins en me disant que c'était vraiment brillant.

Tout ça pour dire que lorsque j'ai lu l'info que la série "Sharp Objects" adaptation donc de "Sur ma peau" pour la version française, allait sortir en format série télévisée, avec Amy Adams dans le rôle principal et Jean Marc Vallée aux commandes ("Dallas Buyer Club" et la série "Little Big Lies"), autant dire que je me suis enflammée. Et franchement, dans l'ensemble je n'ai vraiment pas été déçue. Déjà parce que le casting est parfait. On ne pouvait pas rêver mieux, notamment pour le trio féminin Camille/Adora/Amma, respectivement Amy Adams/Patricia Clarkson/Eliza Scanlen, les trois actrices incarnent à merveille ces personnages féminins torturés comme sait si bien les écrire Gillian Flynn. Mais en plus de ça, l'histoire est bien respectée même si le réalisateur ne s'attarde pas sur certains détails, il nous les suggère parfois (comme le viol collectif de Camille), alors que Gillian Flynn est parfois (souvent) beaucoup plus violente. Mais on peut parfaitement comprendre que lire et voir c'est très différent et ce qu'un auteur peut se permettre sur le papier, un réalisateur ne peut pas forcément se le permettre sur pellicule.

L'histoire c'est celle de Camille Preaker, journaliste à Saint Louis, qui se retrouve à devoir enquêter sur le meurtre sauvage de deux fillettes dans la ville de son enfance. De retour à Wind Gap, elle va devoir affronter ses vieux démons, notamment la présence toxique et envahissante de sa mère Adora. Mais dans cette petite ville du Missouri, les apparences sont souvent trompeuses et Camille va devoir lutter contre les douloureux souvenirs de sa jeunesse, qui l'ont poussée à graver sa souffrance sur sa peau, si elle veut résoudre rapidement l'enquête.

Comme toujours chez Gillian Flynn, c'est une histoire de femmes, c'est une histoire violente pleine de secrets et de non-dits. C'est aussi, comme toujours, une petite ville poisseuse, jolie en apparence mais qui cache de bien sombres vérités, le genre de vérités que tout le monde connaît mais qu'on balaie sous le tapis pour ne pas faire de vagues. L'histoire de Camille est dure et douloureuse, une rebelle dans une ville qui arbore une façade pleine de fissures, que l'on comble avec un vernis toxique. Sa mère Adora tient la ville entre ses griffes, elle possède un élevage de porcs qui fait vivre tout le monde, alors personne ne va à l'encontre d'Adora, il ne faut surtout pas la froisser. Tout comme sa fille Amma, petite privilégiée que tout le monde adore, la petite princesse, la poupée de porcelaine toute en blondeur et en formes généreuses, véritable tyran en réalité. Camille, dans la tourmente, boit, fume, se mutile pour évacuer toute cette toxicité. Et Amy Adams incarne à merveille ce personnage, qui semble sans cesse perdu entre rêves et réalités, entre fantasmes et souvenirs bien réels, brisée depuis l'adolescence par la mort tragique et mystérieuse de sa sœur chérie Marian. Le meurtre des deux fillettes lui rappelle la douleur de sa perte, elle veut avancer et enquêter mais elle est toujours prisonnière des griffes maternelles...

"Sharp Objects" c'est une mini série en huit épisodes, Amy Adams se dit bien trop épuisée et troublée par le rôle de Camille pour envisager un jour de le reprendre. De toute façon, c'est ce qu'il fallait pour raconter cette histoire. Chaque épisode a pour titre un mot gravé sur la peau de Camille "Vanish", "Cherry" ou encore "Dirt" et chaque mot pour aide à connaître un peu mieux le personnage, les raisons qu'ils l'ont poussé à se mutiler. L'enquête avance très doucement, le rythme ne conviendra sûrement pas à tout le monde, tout comme cette histoire glauque et ces personnages dérangeants, mais pour qui aime le thriller poisseux la série est parfaite. J'ai aimé ce rythme lancinant, cette histoire sombre, l'imagerie soignée de Jean Marc Vallée, on reconnaîtra son style dans la série "Little Big Lies" où les souvenirs et les flashbacks nous apprennent des secrets mais enferment aussi les personnages dans leur passé, un passé qui est souvent lourd à porter et dont les héroïnes doivent se défaire.

Je ne peux que vous conseiller de regarder cette série, de savourer chaque épisode, de prendre garde à chaque détail, à chaque ligne de dialogue car si vous êtes suffisamment attentifs, la réponse vous est donnée très tôt. Et n'oubliez surtout pas de regarder le générique final jusqu'à la fin !

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