
... Cette série ?
N'étant pas particulièrement féru du FBI et des meurtriers en série, c'est un peu par hasard que j'ai commencé à regarder cette série. Et j'ai rapidement été intéressé. L'époque (début des années 70) est plutôt justement restituée, sans nostalgie ni parodie, à la fois surannée (le FBI sort de la période Hoover qui l'a enkysté dans les manichéennes années 50) et moderne puisqu'il s'agit d'une période de grande émancipation.
Le personnage principal (dont l'acteur qui l'incarne ressemble, parait-il, à Macron -il faudrait que je regarde à quoi ressemble Macron-) nous guide dans la série avec une objectivité clinique et un peu apathique, ce qui peut sembler un peu déroutant au début mais on s'y fait plutôt bien (en tout cas, à moi, ça me parle ce type de tempérament).
Mais là où la série excelle, je trouve, c'est dans l'équilibre parfait du traitement de ses 3 prétextes : l'époque, justement, au travers de la chronique de la vie privée de ses protagonistes, les enquêtes, puisque les personnages principaux sont des membres du FBI qui aident des policiers locaux à résoudre des affaires particulièrement dramatiques, et les interviews de tueurs en série incarcérés qui sont traitées de manière assez impressionnante (l'acteur qui joue le meurtrier Ed Kemper est assez bluffant) -Pour mémoire, les personnes qui ont inspiré les personnages principaux ont développé une nouvelle démarche en matière de criminologie en analysant la psychologie de tueurs en série notoires (le profilage, je crois que ça s'appelle)-.
L'équilibre entre ces 3 trames est parfait parce qu'il reste parfaitement cohérent, chacune interférant positivement ou négativement avec l'autre. Il est aussi parfait en terme de timing ; aucune ne prend le pas sur les autres en termes de longueur ou d'intensité et elles restent ainsi toutes les 3 également captivantes. Ça donne une 1ère saison sans temps morts, chaque épisode se déroule sans que l'on ne voit le temps passer. Un travail d'orfèvre.
Edit : en lisant les critiques mitigées ou négatives sur cette série, je constate que certains jugent les scènes entre le personnage principal et sa petite amie superflues ou irréalistes. Je trouve que c'est tout à fait l'inverse. Elles ne sont pas superflues car la petite amie du héros est une étudiante en sociologie complètement inscrite dans son époque de remise en cause des codes moraux et sociaux rigides de la période qui l'a précédée (patriarcat, machisme, absence de liberté sexuelle, soumission aux pouvoirs en place...), ce qui permet de faire contrepoint aux postures du reste de l'environnement du héros (FBI, police...) qui, elles, restent ultra-conservatrices.
C'est justement grâce aux discussions avec sa petite amie que le héros parvient à faire évoluer son regard et à avoir une approche plus ouverte des motivations criminelles, ce qui lui permet de mieux les comprendre et donc mieux les combattre. Ce que ses collègues s'avèrent incapables de faire (à plusieurs reprises, certains affirment vouloir punir plutôt que comprendre, comme un ex-1er ministre français récent).
Alors certes, comme ces scènes de vie "intimes" sont tournées pour ce qu'elles apportent à l'approche professionnelle du héros sur la criminologie, elles peuvent paraître un peu irréalistes par rapport au pathos classique de l'environnement familial des policiers de série, mais si on considère la caractérisation des personnages, elles sont plutôt cohérentes.