Effet Domino à la Franco.

Avis sur Sundown

Avatar Rémy Fiers
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Michel Franco ne signe certainement pas là son meilleur film, mais il persiste dans une voie qui lui est propre, toujours aussi singulière, celle d’un cinéma réaliste qui autopsie l’humain et ses dysfonctionnements avec un traitement toujours aussi froid et distancié. Si on attend toujours son film précédent en salles, ce « New Order » à l’excellente réputation, « Sundown » est néanmoins en parfaite adéquation avec le reste de sa déjà foisonnante filmographie. Il se situe tout de même un cran en dessous du sublime « Les filles d’Ana » et surtout du choc « Despues de Lucia ». Franco est le cinéaste du ou des point(s) de rupture, ces moments totalement imprévisibles où tout bascule sans qu’on les voie venir. Il est l’un des rares réalisateurs à pouvoir en un instant faire virer ses films dans quelque chose de plus tragique, violent ou dramatique tel un lointain cousin du cinéaste autrichien Mickael Haneke.

« Sundown » est encore une fois un film qui diviser. Si la filmographie du cinéaste ne vous a pas plu jusque-là, inutile de tenter, ce nouvel opus est du même acabit thématique et formel que ses précédentes œuvres, constituant une filmographie d’une cohérence et d’une homogénéité rare. Sa manière de filmer ne change pas, faite de longs plans fixes souvent filmés à distance, comme un observateur neutre du chaos et des dérèglements de la psychologie humaine. Et cela à travers différents genres, du drame au polar en passant par le mélange des deux comme ici. Il faut avouer qu’il est toujours à la limite du cinéma contemplatif, presque poseur, mais qu’il n’y sombre jamais grâce à une maîtrise implacable de la durée de son récit. En une heure et vingt minutes montre en main, il nous offre un récit concis et tendu d’où rien me dépasse. Faire court est aussi signe de précision et de réussite. Encore une fois ici, la froideur clinique de son cinéma contraste fortement avec la chaleur du contexte, ici le soleil brûlant et dangereux d’Acapulco.

Le duo formé par Charlotte Gainsbourg et Tim Roth est probant mais leurs rôles ne sont pas très complexes, juste les jouets d’un cinéaste dont le regard sur l’humain est bourré d’acuité et de nihilisme. L’actrice française joue une partition qu’elle connaît bien, tandis que lui, dans un rôle taiseux au possible, n’a pas grand-chose à jouer, mais c’est la teneur de ce personnage insondable dont chaque minute supplémentaire du film définit les contours. Jusqu’à la révélation finale, d’une évidence logique qu’on ne voit pourtant pas venir. D’ailleurs, « Sundown » est ponctué de micro-rebondissements qui rebattent continuellement les cartes du récit, dont celui qui dévoile le lien entre les deux personnages principaux et surprend. Les secrets du film se dévoilent donc au compte-gouttes, ce qui en fait tout le sel, et mettent petit à petit en lumière la psychologie du personnage principal, très sibylline au début. Franco met ainsi en scène l’histoire de la fuite en avant macabre d’un homme tout comme un changement brutal de vie qui divisera forcément mais dont on apprécie la vraie démarche de cinéma, le mystère vénéneux et les accès de violence physique ou psychologiques imprévisibles et secs qui le caractérisent.

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