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Avis sur Night Call

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Ayant participé à la réalisation de quelques productions en tant que scénariste, Dan Gilroy se lance dans la réalisation de son tout premier long-métrage pour la première fois de sa carrière de cinéaste. Je n’ai pas vu beaucoup de films avec un scénario écrit par cet artiste lambda mais s'il y a bien une chose qu'on peut noter chez cet artiste, c’est qu’il a bien choisi son sujet pour faire une entrée assez spectaculaire dans le monde du cinéma en tant que metteur en scène. Un contexte comme celui de la réalisation de vidéos chocs et nocturnes dans les rues carabinées de la ville de Los Angeles est un sujet avec lequel le réalisateur avait à sa disposition plusieurs éléments naturels, urbains et quotidiens pour développer une production fascinante mais choquante. Pour une première réalisation, je dois dire que j’ai été très impressionné par la qualité visuelle suffocante de cette production qui m’a bien calé sur mon siège.

Le réalisateur a fait preuve d’une maîtrise absolument indéfinissable pour réunir toutes sortes de faits scandaleux sur l'intervention des cameramans osant filmer des scènes tragiques sans le moindre respect des victimes dans une production. Pratiquement tout le film se déroule pendant la nuit, une période de la journée où les rues sont plus glauques, plus effrayantes et plus risquées qu'elles le sont pendant la journée, il avait de quoi créer une intensité oppressante pour chaque scène dévoilant un cameraman cherchant les meilleures vues possibles d’une scène de crime ou d’un lieu d'accident. La tension nous capte déjà toute notre attention, on est sensiblement affolé de voir autant de scènes malheureuses et scabreuses dans un long-métrage, et encore plus de voir un individu lambda sortir de sa bagnole ou camionnette avec sa caméra encombrante et son équipe de tournage.

Avec un contexte comme celui-ci, Dan Gilroy avait tout pour renouveler les codes des films noir, tout en cherchant à nous faire envahir de toutes sortes émotions négatives comme la nervosité, l’inquiétude ou la peur. Le réalisateur avait surtout un atout incontournable pour développer un intérêt suffisamment engageant pour rendre son film très curieux et palpitant, cet atout est l’acteur Jake Gyllenhaal. Voyou intraitable, sombre connard, fumier inqualifiable, l'acteur interprétant le rôle principal nous surprend bien plus qu’une fois dans le rôle de Lou Bloom, un SDF qui ne perd son temps pour atteindre ses objectifs, sans prendre soin des gens qui l’entourent ou qui le soutiennent. Le visage émacié, le regard sombre, une altitude néfaste, une présence glaciale, Jake Gyllenhaal est vraiment un acteur qui m’a stupéfié dans pratiquement toutes les scènes où il intervient.

Son interprétation est à couper le souffle, il génère un mal moral déstabilisateur pendant tout le visionnage, rien à avoir avec celui de l’inspecteur de police dans la production Prisoners dont j’avais pensé depuis un certain temps que c’était son meilleur rôle de sa carrière, j’ai vite changé d’avis. On peut largement oublier le reste du casting, Jake vole la vedette à tous les coups, bien que les autres acteurs font le job avec des émotions lucidement bien transmises pendant le visionnage. Autre point qui est bon à noter, le scénario. Le metteur joue avec les codes de genres de films très forts comme celui du policier ou du film noir, il part d’un point vers un autre en remplissant sa production de situations de plus en plus complexes à résoudre et de scènes de plus en plus inénarrables à vivre. On peut très bien penser à avoir vu la chose la plus écœurante dans une scène mais pendant la lecture du film, on découvre que cela ne fait que s’empirer.

Cet effet si prenant et si révoltant est très accentuée par la brillante mise en scène qui fait également partie des qualités de la production, les images des accidents ou autres malheurs quotidiens font mouche à tous les coups, c’est très réel, ça fait froid dans le dos et ça nous sensibilise gravement. Aucun effet répétitif, le choc émotionnel se manifeste à chaque triste événement et Lou Bloom est toujours l’élément le plus détestable dans une scène, ça fait un double effet inattendu avec la présence de ce dernier qui ne donne en aucun cas l’impression d’être humain. Pour une première réalisation, je dois dire que le réalisateur a frappé fort, sa production est une œuvre cinématographique très frappante avec son atmosphère sordide, son contexte dynamisé et alimenté par un personnage cynique agissant comme un criminel prenant un malin plaisir de faire l’inverse de tout ce qu’un vrai être humain devrait faire. 9/10

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