
Superman, à défaut d’être le premier super-héros, – celui-ci étant le Nyctalope, un héros français créé par Jean de la Hire – est sans doute le plus connu et l’un de ceux qui a subi le plus d’adaptations, bonnes ou mauvaises. Ses origines ont été raconté au travers de dessins-animés, de séries, de films et réécrites par de nombreux scénaristes dans les comics, alors se dire qu’on va une fois de plus découvrir comment le Dernier Fils de Krypton est devenu l’Homme d’Acier peut paraitre assez rebutant. Mais comme le disait Simon Astier dans une interview, ce n’est pas le fait qu’une histoire soit nouvelle ou pas qui lui donne son intérêt mais la façon dont elle est racontée. En ce sens, Man of Steel qui s’octroie l’équipe créative de la trilogie Dark Knight et le réalisateur de l’exceptionnel Watchmen, s’annonce en théorie comme la meilleure adaptation de comics de l’année. Mais que donne la pratique ?
Il faut rendre à César ce qui est à César, – ou plutôt dans le cas présent à David S. Goyer ce qui est à David S. Goyer – et l’idée même de prendre l’icône qu’est Superman pour en faire un héros sombre, aux tendances narcissiques est assez brillante, même si elle n’est pas sans évoquer la refonte d’Action Comics par Grant Morrison. Et dans l’ensemble tous ses personnages sont intéressants, même Lois Lane, considérée comme une « nunuche » dans les précédents films est fascinate. C’est une femme forte, indépendante, qui frôle la limite du « Whedonisme ». Pour résumer, les personnages sont tous bien pensés, en plus d’être portés par des acteurs talentueux – j’ai même trouvé qu’Henry Carvill était merveilleux en Superman alors que j’étais des plus sceptiques en voyant les différentes affiches. Il est juste dommage que le scénario ne suive pas. Ce n’est pas qu’il ne soit pas bon ou que les idées ajoutées à ce qui avait déjà été fait soient mauvaises, c’est un véritable problème de narration : Goyer et Christopher Nolan passent la première moitié du film à s’embrouiller dans des flashbacks mal dosés, assez gênants, tout en parsemant tout ça de multiples incohérences qui empêcheront le spectateur de percevoir quelques clins d’œil au reste de l’univers DC.
Mais ce n’est pas tout ! Zack Snyder mériterait un prix spécial pour la vision qu’il donne de Krypton ou ses scènes de combat, à supposer qu’il y ait plusieurs scènes de combat : quand on commence enfin à sortir de la débâcle censée planter le décor, on s’embourbe dans une série d’explosions, de cris, d’explosions, de cris, d’explosions, de cris, d’explosions, de cris… Et parfois même les deux en même temps. C’est très long, on a vite l’impression que Kal-El ne vient pas de Krypton mais de Vegeta et on s’attend à ce qu’une énorme boule d’énergie issue de la force des animaux et des plantes vienne mettre fin aux souffrances du méchant – et du spectateur.
Finalement, ce qu’il faut retenir de Man of Steel, c’est que c’est avant tout un bon concept, qui aurait dû en rester un. Arrivé à l’écran, le synopsis devient une scène d’action s’étalant sur plus de deux heures avec un scénario truffé de répliques plates et d’essais de touches d’humour alors que le plus drôles ce sont les révélations qui arrivent n’importe comment et qui paraissent absurdes. Le film a cependant le mérite d’être différent de ce qui a déjà été fait et de poser les bases d’un univers cinématographique DC. Il faut juste espérer que le scénario de la prochaine étape ne contienne pas moins d’une heure de réels dialogues…