L'oiseau bloqué dans son coquillage

Avis sur Là où chantent les écrevisses

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Adaptation d'un best-seller ayant recueillit d'excellents avis de la part des critiques et du public, Là où chantent les écrevisses avait la lourde de tâche d'être aussi bon que le support sur lequel il reposait. Face à une si grande montagne, les producteurs ont eu l'audace de donner le projet à une novice, Olivia Newman, n'ayant qu'à son actif un seul film au compteur et directement diffusé sur Netflix. Peut-être fallait-il ce choix fou pour adapter l'histoire folle de Kya Clark...

Là où chantent les écrevisses se présente face à nous en habit de film de procès. Au fil des minutes, nous nous rendons vite compte que ces vêtements cachent la véritable essence du métrage. Ce procès n'est finalement qu'un prétexte pour aborder la vie extraordinaire de Kya, la « fille du marais ». Le film, quasiment vendu dans ses premiers instant comme un thriller, est en fait une comédie romantique. Il est tout d'abord difficile d'accepter ce changement soudain de genre, mais une fois fait, le visionnage s'en voit plus digeste. L'histoire, quant à elle, se déroule principalement des années 1950 à la fin des années 1960 en Caroline du Nord. Au-delà de la période abordée, le film ne va pas se priver de donner une image péjorative de la société américaine de l'époque. Nous y retrouvons la misogynie avec des hommes battant leurs femmes, et le rejet des populations étrangères avec Kya en tête de fil, elle qui sera harcelée et exclue car elle habite dans les marécages. Là où par contre le métrage va totalement se rater est le traitement de la ségrégation raciale. Le lien avec Kya aurait pu être pertinent elle qui d'ailleurs a pour seuls amis des afro-américains, toutefois, et pour une raison que nous ignorons, le sujet n'est pas traité alors que le métrage se déroule en plein dans cette période. Pour en revenir à la haine qu'elle subit, la séquence de découverte de sa maison est excellente pour montrer l'avis que se font les gens d'elle. Par une réalisation angoissante, une photographie sombre, et appuyé par les propos des policiers, cette séquence nous donne la sensation de faire face à la demeure d'une sorcière. Évidemment, tout cela est faux. Avec tout ce qu'elle a vécue durant son enfance, Kya est devenue est une fille réservée, timide, et ayant peur du monde extérieur. Durant toute sa vie elle vivra seule dans les marécages, s'enfermant ainsi dans un coquillage. Elle ne fait qu'un avec les marécages et les marais qui l'entourent, comme souligné lorsqu'elle se cache des gens de la ville en se camouflant dans la nature. Ces deux lieux sont les deux faces d'une même pièce : les marais est le côté de la pureté, tandis que les marécages en sont son côté sombre. C'est la représentation parfaite de Kya, et c'est d'autant plus clair à la fin. Ce qui va la faire sortir de son coquillage est le contact avec l'extérieur, de sa démarche de se faire éditer ses ouvrages à surtout ses relations amoureuses avec Tate et Chase. Elles forment toutes deux le cœur de l'intrigue, et forment malheureusement son plus grand point faible.

Les relations que Kya aura avec ces deux hommes reposent sur des poncifs connus et trop ordinaires pour ce personnage. Entre les deux, celle avec Tate est celle qui tient le mieux la route bien que tout soit tourné de manière à ce que ce soit niais au possible. Leur premier baiser est réalisé sous un crépuscule quasi artificiel au milieu de feuilles virevoltants autour d'eux. Cette image idéalisée rappel les plus mauvaises comédies romantiques. Nous pouvons tenter de justifier ce choix de réalisation par le fait que c'est la première relation amoureuse de Kya et qu'elle le vit de manière magique, ce qui n'est pas illogique pour un personnage semblant tiré d'un conte. De plus, en comparant avec le traitement réaliste de la relation avec Chase, ça pourrait avoir du sens. Néanmoins, cela ne change pas le fait ça en est imbuvable. Quant à la relation avec Chase, celle qui doit faire lien avec sa mort, elle ne tient pas du tout debout. Après ce que lui a fait subir Tate, et le rejet des gens de la ville, Kya va tout de même se mettre avec lui. C'est l'intrigue classique de l'homme populaire se mettant avec la fille rejetée et, comme vu précédemment, ça ne peut pas marcher. Kya n'a absolument aucune raison de lui faire confiance plus qu'à un autre. Dans le traitement des relations, le métrage réussit malgré tout une chose : les ellipses. Pour Tate, elles sont soit faite au début par un plan séquence et à la fin un travelling. Pour ne citer que le premier, la caméra se balade dans le salon en passant d'une activité à une autre des deux, d'une façon si naturel que ça en est beau. C'est comme se mettre à la place de Kya lorsqu'elle étudie les être vivants du marais : nous observons le cours de la vie. En comparaison, les ellipses avec Chase sont secs, un peu à l'image de leur relation sexuelle se déroulant dans un hôtel où il n'y a aucune passion. Avec Tate c'est doux, et presque en harmonie avec la nature. C'est en étant avec celui-ci et en publiant ses textes que Kya sortira de son coquillage et prendra son envol, elle qui n'a de cesse d'être assimilée à un oiseau tout le long du film.

Pour conclure, nous allons faire comme le métrage et revenir sur le traitement du procès. Les longues errances romantiques ont forcément fait du mal à ce pan de l'intrigue, malgré tout, il réussit à reprendre notre attention à la toute fin. Le film nous fait croire à une résolution – ce dont nous aurions nous tenir étant donné la direction prise de se concentrer sur Kya – qui est finalement fausse, en nous prenant ainsi à revers dans les dernières minutes. Cette résolution finale inattendue est réussit car elle nous offre une nouvelle vision du personnage que nous avons suivi tout au long du visionnage.

Là où chantent les écrevisses est une belle excursion dans les marécages de Caroline du Nord. Si les relations humaines ont été bafouées, celles avec la nature ont été plus que respectées. A l'image de sa protagoniste, le métrage s'est enfermé dans son coquillage à la différence qu'il n'en est jamais en sortie.

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