2014 L'idiotie de l'espace

Avis sur Interstellar

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Juste le début... Les 5 premières minutes...
En route pour l'école, le père donne le volant à son fils en lui demandant de foncer à travers champs pour suivre un drone... Chez un Emmerich ou Michael Bay, pourquoi pas ? C'est dans le ton grand spectacle. C'est débile à souhait et ça s'assume comme tel.
Mais là, avec sa prétention documentaire à base de vieux qui témoignent, ça me dépasse... C'est quoi, ce schmilblick ?

Le père, pendant que son fils suit aveuglément un drone sans rien voir devant lui (on se demande comment une voiture parvient à ne pas se faire distancer par un engin aussi rapide...) il cherche à pirater ledit drone indien... Alors pourquoi "indien" ? On ne sait pas d'où lui vient cette fulgurance. Y'a un bolide noir qui fonce à toute allure dans le ciel. C'est indien, on ne sait pas pourquoi. Mais American Super Cool Guy, lui il sait ! Parce qu'il est cool. Suffit de voir les poses qu'il prend dès qu'il en a l'occasion, ou comment il fait rauquer sa voix ; lui il a étudié John Wayne option Fonzie à l'université et il est ressorti avec un doctorat. Alors un vague machin noir plusieurs centaines de mètres dans les airs qui pourfend le ciel, il l'identifie direct. Et attendez quand il pilote. Tom Cruise dans Top Gun... C'est qui déjà ? Mais là j'anticipe.

Et ça tombe bien (pour l'histoire du drone), car Fonzie a justement avec lui son laptop aux performances de folie (le gars est agriculteur...) et tout un kit de piratage. Alors sa fille vise le drone avec onsépakoi et le tour est joué juste avant que la voiture tombe de la falaise (évidemment, y'a une falaise... ÉVIDEMMENT !)
Et ensuite Super American Cool Daddy pilote le drone juste avec un doigt grâce au carré tactile qui sert de souris... Sur un truc plat... avec un seul doigt... Pour piloter dans un espace en 3 dimensions...

Juste le début. 5 minutes. Et ce qu'on nous présente comme le film redéfinissant la S-F, il n'a pas commencé qu'il s'est déjà totalement cramé.

Dans la scène suivante, lors d'une réunion à l'école... (alors oui résumons : papa se rend à un rendez-vous à l'école... là il décide de pirater un drone "indien" qui passe, tout le monde est proche de finir au fond d'une falaise, puis finalement il arrive en retard au rendez-vous).

ET LÀ, le père traite le directeur de trou du cul alors que le type est juste poli, et la secrétaire avance que les missions Apollo sont des fakes alors qu'elle sait que le gars est pilote (elle est très diplomate)... Ce qui permet d'installer SOUBDTILLEMMENT LE BACKGROUND !!!! à propos de réécriture de l'histoire, et Fonzie de faire la leçon en bon héros rebelle américain. Parce que les Américains sont les premiers arrivés sur la Lune, donc être un père totalement irresponsable en plus d'être un odieux connard sans savoir-vivre, ça fait de lui un héros à partir du moment où il défend avec émotion (c'est-à-dire agressivité) une des réussites nationales.

Et ensuite... ... ben... globalement chaque pan du film est un pas de plus dans la Twilight Zone cinématographique, une suite de scènes aux liants les plus minces et transparents possibles pour rusher un maximum malgré 2h40. On les sent pas passer ; une explication scientifique pour les Nuls, une situation d'urgence, une séquence émotion, le tout qui tourne en boucle.

Une anomalie oh... Ça donne des coordonnées... Ok on va voir ça en voiture pis des kilomètres plus loin y'a un grillage mais on n'est pas à une infraction près. C'est une base de la NASA ? Ça tombe bien je suis pilote et votre mission pour sauver la Terre ben... Attendez 5 minutes que j'abandonne ma fille de 10 ans en lui lâchant "Laisse-moi exister" puis hop c'est parti !!!

L'idée ? Enfiler les unes derrière les autres toutes les inconnues scientifiques - théorie du tout, trou de ver, trou noir, etc. dans un immense n'importe quoi qui te retourne le cerveau, et pas tant parce que c'est d'une nullité incontestable en plus d'être scientifique abracadabrant (on sonde aucune planète non non, on va dessus direct puis Oh ben dis donc on est dans la merdre !), mais parce qu'on se sent très seul face à tout le bien qu'on peut lire sur ce film. Un nouveau 2001, soi-disant. Et Lagaf avec son "Il est beau mon lavabo", un nouveau Vivaldi, alors...

Ce qui est terrible, c'est l'aplomb du film. Faire du Michael Bay, mais en te croyant dans la cour des grands réalisateurs. Armageddon qui se prendrait pour Kubrick.
Parce que Michael Bay ou Roland Emmerich, on aime ou non mais le film a une logique. Il cherche à divertir et occasionne le plus souvent possible des scènes d'action. Les personnages sont débiles, le background ne cherche même pas à faire illusion, y'a une situation d'urgence toutes les 5 minutes ; tout est bon pour balancer le plus vite possible une dispute, une explosion ou une course-poursuite.

Alors que là... on ne sait pas. Y'a aussi régulièrement des situations débiles juste pour mettre une bagarre ou une catastrophe, mais on essaye de te faire croire que c'est pertinent ET avec un propos. Ah ?

Il veut quoi, ce Christopher Nolan ? Avec sa planète "l'eau t'arrive aux mollets puis ça fait ensuite des tsunamis, on l'aurait su si on avait observé 5 minutes", ou ses marines robots qui sont des carrés qui font couteau suisse et même quand tu les vois marcher tu comprends pas comment ils marchent...,  ou son trou noir quand tu passes dedans t'aboutis dans une sorte de bibliothèque de l'espace-temps et ensuite tu reviens on sait pas comment.

Le vide intersidérant.

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