Ode à la moustache

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Avatar Ludovic Stoecklin
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Si de nos jours, la moustache est souvent décrite comme ringarde voire raillée selon les circonstances, fort heureusement elle ne connait pas le même sort au cinéma. Le génie du rire Charlie Chaplin déclarait à l'époque "J'ai ajouté une petite moustache qui, selon moi, me vieillirait sans affecter mon expression " ... il s'est distingué par son look improbable et a montré la voie aux autre en arborant une pilosité en brosse tout en finesse devenue aussi culte que son personnage. Puis des acteurs comme Clark Gable ou Errol Flynn ont enjolivé le mythe lui conférant même une classe certaine et la capacité à séduire toutes les femmes avec cet atout. Ce sont ensuite les immenses Toshiro Mifune ( mention spéciale pour le port du slip en bonus ) Sean Connery, Paul Newman, ou encore Robert Redford qui lui ont rendu ses lettres de noblesse , lui permettant de perdurer lors de chaque génération juqu'aux années 2000. Décennie durant laquelle Brad Pitt fit cette déclaration choc lors de la promotion d'Inglorious Basterds "Je pense que la moustache n'est pas assez respectée" . Je peux vous l'assurer, 2014 n'est pas l'année du Cheval mais bel et bien celle de la moustache, McConaughey a obtenu un oscar en grande partie grâce à elle et cartonnera aux Emmy Awards pour la même raison, le génial Ralph Fiennes alias M. Gustave a décroché un rôle prodigieux dans le dernier film de Wes Anderson et a fait parler sa pilosité pour accentuer le ton de sa classe Anglaise. Mais si comme le soulignait un vieux sage chinois, finalement le plus plus admirable d'entre tous parmi cette liste pourtant prestigieuse, c'était Joaquin Phoenix...

Et si je commence cette critique par là, c'est parce que j'ai un peu de mal pour poser des mots, je suis vraiment sans voix les amis. Il y a différents degrés de satisfaction lorsqu'on sort d'une séance, on prend souvent le temps d'analyser à chaud ce qu'on vient de voir et on tente de le décortiquer et puis il y a Her, ce petit ovni indescriptible qui s’immisce dans notre coeur et une fois le générique de fin lancé nous laisse vulnérable et submergé par tout un tas de sentiments contradictoires. Touché, ému, troublé, cette fable romantique sous fond de Science Fiction est une réussite sur absolument tous les plans, la réalisation, la photographie, et les jeux de lumière absolument délicieux nous immergent dans des couleurs vives et chaleureuses, le montage lancinant et mélancolique permet à cette histoire improbable d'en devenir criante de sincérité. Scarlett Johansson sans apparaitre une seule fois à l'écran est merveilleuse dans le le rôle de cette intelligence artificielle à la soif de connaissance inépuisable, et qui donne réellement l'impression d'être là si proche et pourtant si loin, accessible mais intouchable, drôle, douce, compatissante, envieuse, jalouse, frustrée, la moindre parcelle des sentiments ressentis est immédiatement palpable grâce au jeu nuancé de l'actrice.
Et enfin Joaquin Phoenix que j'évoquais plus haut, bouleversant de justesse, filmé sous toutes les coutures, exercise pourtant au combien difficile en tant que seul acteur présent dans la grande majorité des scènes, d'un naturel hallucinant il nous entraine dans son quotidien et impose avec aisance une empathie naturelle pour son personnage. D'une solitude et d'une tristesse infinie depuis sa rupture, Theodore Twombly semble vivre à côté de sa vie, il n'a rien d'héroïque ni de nobles qualités qui en font quelqu'un d'extraordinaire et pourtant, je me suis immédiatement senti concerné par le sort de cet homme semblable à Monsieur tout le monde. Cette proximité ne fait à mon sens que renforcer l'attachement que l'on éprouve pour lui, nécessaire pour apprécier le récit à sa juste valeur. Il suffit de le voir retrouver le sourire et s'amuser tout seul avec son téléphone dans sa poche de chemise pour comprendre à quel point, la performance de Joaquin Phoenix est immense, ce qui devrait être pathétique en devient profondément émouvant, le vilain canard en s'épanouissant de la sorte devient un cygne magnifique, le tout ennobli par la réalisation de Spike Jonze précise et sans faute.

Décidément le mariage entre science ficition et romance une fois en symbiose totale peut accoucher d'oeuvres mémorables, il y a 10 ans, c'était l'ovni Eternal Sunshine qui m'avait totalement retourné. Aujourd'hui on en revient au fondemement, au sentiment universel, avec son propos initial et fédérateur Her pose des questions pertinentes sur les relations humaines, le tout baigné dans une atmosphère poétique dans laquelle Arcade Fire livre des compositions divines, en découle une histoire envoutante qui ne laissera personne indifférent.

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