Maligningite

Avis sur Arthur, malédiction

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Critique publiée par le

Atchoum.

Il y a 3 mois de cela, on apprenait qu’en plus de son retour derrière la caméra, Luc Besson allait nous offrir un film de genre adapté de sa saga jeunesse Arthur et les Minimoys. Là, je pense qu’en voyant la news, on a tous vu notre cerveau faire un arrêt windows dans la boite crânienne. Et pourtant, après un teaser qu’on pourrait qualifier… d’expérimental et un trailer plutôt prometteur que ce spin-off de la franchise sort afin de prouver une nouvelle fois au grand public que le cinéma de genre français existe. Et j’espère indubitablement que ce spectateur français ne répondra pas présent devant ce qui est un des ratés les plus spectaculaire de l’année. Par pur insolence je le place au-dessus du toubib strange car je préfère toujours voir un enfant obnubilé par ses rêves d’enfant se viander à vélo sur l’autoroute qu’un doigt d’honneur intergalactique. Et puis, merde, c’est le retour de Besson. Bon je sais que pour le 99/100e de la communauté de ce site finalement peu fiable, c’est aussi le moment de prendre les fourches, mais bon, moi je suis fanboy de ce gars et je ne pensais pas autant me viander à mon tour.

Ce qui est cocasse c’est que comme ce pignouf heu protagoniste, moi aussi j’aime Arthur. Pas autant que lui mais ça fait parti des sagas fétiche de la féroce génération Z dont je fais partie à la manière de Narnia ou Kirikou pour ne citer qu’eux. Oui, il est vrai, à y regarder de plus près, c’est peu dire que ce ne sont pas de très bons films, mais, à part le 2e que je trouvais déjà nul à 7 ans, j’y vois encore un plaisir goguenard avec une mythologie franchement très cool, malgré qu’on sente passer les âges. Mais, devinez quoi, en plus de kiffer comme pas parmi le 1 et 3 à l’époque, ça m’a aussi fait découvrir les films de Besson et par la même occasion, devenir un des plus gros fanboy du gars (il y en a bien pour aimer Hong Sang Soo et Dany Boon ^^) et aussi, commencer à découvrir mon actuelle passion pour le cinéma grâce à d’autres projets comme Adèle Blanc-sec, Angela, le cinquième élément, ou encore l’attraction Arthur du futuroscope. Ses plus récents essais passent de l’incompris génialement fin avec Lucy, au blockbuster sympas mais sans plus qu’est Valérian, au sous-estimage de masse avec Anna. Pourtant, j’ai toujours outrepassé ses « famoso » productions telles que Tekken, Transporteur, ou Lock Out. Ces films existent, et c’est déjà pas mal, mais ce qu’on oublie bien souvent c’est qu’ils ont permis de produire et distribuer des trucs comme Three of Life, Dikkenek, Nice Guys, Jack et la mécanique du cœur, Saint Laurent, 20 ans d’écart, Coexister, Robot et Franck, et consort. Mais pourquoi je vous parle de tout ça ? Pour recontextualiser le fait que si ses scénarios à deux franc sont merdique, c’est principalement pour dérouler du câble et proposer des œuvres bien plus « auteuristes » à la manière d’un Netflix par exemple. On aime ou on aime pas, il en reste qu’après 3 ans d’absence, je voulais voir où il allait nous emmener, surtout avec un sujet pareil. Et puis merde, la dernière fois qu’il produisait un film d’horreur, c’était Frontière(s), et bien que ça ne soit pas très bien, ça reste ultra généreux. En plus on a un réalisateur pas non plus inexpérimenté, de possibles révélations en termes d’acteur, notamment la fille de Besson, et une possibilité de méta à la Scream. Bon, mes espérances n’allaient cependant pas au-delà du fait que je n’attendais pas plus qu’un sous Bustillo et Maury voir un sous Blumhouse au vu du concept et budget alloué. Bref, je demande un film carré sans être pour autant extraordinaire, bourrin ou ne serait-ce généreux (j’arrive bientôt le CNC ^^), et qui arrive aisément à corrompre les thématiques de la saga de base, soit aller dans les pas de Chucky par exemple, qui corrompt le concept de la poupée, Dark Water les k-ways et Conjuring 3 le principe de faire du cinéma d’horreur. Vous savez quoi, je vais même procéder dans cet ordre sans me repaitre pour autant du chèque qu’a reçu le Parisien ^^

Un film ovale

Commençons par la base de chez base : le film est raté, mais à quel point est-il raté ? Et bien prenons les bases du cinéma très chers er regardons ce que M.Grossman nous a concocté. Le plat final semble finalement être un filet de rien, à l’émulsion de dtv 70’s avec une pointe de clichés nanardesque sur son lit de ketchup. Techniquement, c’est loin d’être dégueulasse, il y a de bons plans, et globalement une exécution efficace bien que très formaliste. Non ce qui gène ici c’est la surcouche apportée à l’ensemble. Entre les effets de style qui était déjà ringards en 1975 de type travelling accéléré ou ralenti, sur-découpage en plan fixe juste pour montrer une voiture se garer et j’en passe. Là où dans Ogre, les idées de mise en scène sont franchement très bonnes et relevaient le niveau, ici, on est face à un surdosage de sucre pour un gâteau fait en sel (beaucoup de sel) sans l’effacer pour autant, tant le reste la mise en scène, si j’excepte certains moments devient celle d’un dtv, c’est-à-dire : exposition et pis c’est tout. Mais encore ça c’est gentil comparé à la musique. Ouh lala la musique et surtout le montage qui va avec. Parfois en une scène, on enchaine 2 clips musicaux totalement différents comme si ça avait été fait au hasard, ou alors, on assiste aux dérives des goûts des 12-13 ans en matière de musique djeuns (ou c’est moi qui suis vieux). En atteste cette scène de course-poursuite en début de film, qui démontre toute l’incompétence qui sera prochainement dévoilée, à la fois dans la musique, ridicule, mais aussi le montage, qui espérerai être une séquence d’action, mais qui fait surtout penser à plus belle la vie. Le montage, c’est vraiment un énorme problème de cet Arthur Malédiction, il ne laisse jamais respirer l’action et est parfois carrément incompréhensible, comme si le film avait été pensé par scénettes, pour finalement être raccordées par des fins et subtils « ta gueule c’est magique ». Non et puis merde, ce qu’on demande à un film c’est de la cohérence (notamment quand le personnage de Thalia Besson finit avec son maquillage. Si des gens ont compris comment dites le moi car c’est une réponse qu’on risque d’avoir après celle de la vie sur Mars). Et pourtant, si j’excepte le fait que le film donne presque dès le début la solution sur les méchant, il devient inconcevable quand il met en avant des passages à caractère fantastique pour se finir sur une excuse plus claquée que celle de Titouan, qui a pas fait ses devoirs en 5e. Mais au-delà de l’excuse, le film n’explique en réalité RIEN, et on a surtout l’impression que tout y est prétexte pour y faire mourir un personnage. Enfin ça, c’est quand le réalisateur n’a plus d’inspiration d’excuse claqué vu à quel point aucun personnage n’est décidé à faire quelque chose d’utile, notamment vis-à-vis de la sélection naturelle. Sérieusement, je passais plus de temps à prier à ce que les personnages fassent un truc (cohérent surtout) plutôt qu’à espérer qu’ils survivent. Déjà car on nous lance tellement de fusils de Tchekhov qu’on sait d’avance qui va mourir et même dans quel ordre, malgré qu’ils se soient passés de plein d’idées mis en avant, finalement passées sous le radar. Mais en réalité, je sais pourquoi ils meurent, probablement car même le réalisateur ne savait pas comment diriger ces acteurs, et qu’il voulait les voir crever pour s’en débrasser. Mot pas choisi au hasard, car dans ce film, il est commun de voir quelqu’un mourir, et de voir les personnages n’en n’avoir rien à foutre, si ce n’est les oublier. Enfin bon, que dire des acteurs ? Pas grand-chose, si ce n’est que le casting sauvage made in porte de bagnolet a clairement atteint ses limites. Plus sérieusement, on voit qu’ils s’amusent, mais si je vais voir un film, c’est pas pour regarder une vidéo de vacances. Non c’est le scénario le nœud du problème, au-delà de la morale OUVERTEMENT prononcée par un policier qui est « les films, ça peut faire des dégâts », le plus gros problème, c’est l’aspect anti-climatique. Globalement, au climax, si j’exclue tous les menus-soucis énumérés juste avant, on est globalement en face d’une expédition de tous ce qui pouvait intriguer dans le trailer soit : ils apparaissent, ils font un truc, et c’est fini.

Enfin c’est fini, non, ils vont mourir de la manière la plus osef possible et le mec avec les dents noirs se révèle être gentil. Un des plus gros facepalm de ma vie vraiment, tout indiquait qu’il allait les buter, mais il les laisse partir. Je… je comprends pas…

Et c’est sans parler les moments où la menace ne peut être que fantastique, et… et bah non, « ta gueule c’est magique ». Et, évidemment, ça ne sera jamais expliqué, si ce n’est pour créer un faux suspens à la fin avec la musique qui ferait presque « tintintin tin tintintintintin ». Et inutile de dire que ça se finit sans conclusion, c’est expédié au possible, au point où je ne vois pas la soi-disant évolution vers l’âge adulte qui est, selon monsieur Grossman la thématique du film.

Aussi, les faux indigènes, c’est censé être des cosplays ? Bien, on m’explique comment ils font pour être invisible ?

Donc je résumé, scénario poubelle, acteurs à diriger vers un pole emplois, montage et effets de style aléatoires, musique ignoble ou juste nulle… il ne reste que les clichés horrifiques allant du cut brutal au jumscare d’une autre temps.

Et c’est sensé être la partie la plus positive de ma critique…

Bouh !

De tous les genres existant dans le cinéma, l’horreur est de loin mon petit préféré. Déjà, car il permet de surligner ses thématiques, notamment pour les satires made in Jordan Peele, mais aussi, car c’est ainsi qu’on peut retrouver certains des meilleurs exercices de mise en scène. Mais bon, quand on va voir un film pop-corn, ce qu’on demande de vous et moi c’est quelque chose de divertissant, certes, mais surtout généreux. Combien de fois je me suis abaissé à la médiocrité d’un scénario parce que le film avait, dans sa mise en scène, quelque chose à apporter (par exemple le The Hunt de Craig Zobel). Mais là, bah… la comparaison avec Bustillo et Maury est vraiment valide, car, on a l’impression comme dit plus haut, qu’ils ont tout mis dans la première heure et qu’il ne reste plus rien ensuite. Non sérieusement, le climax final doit faire, aller, 3 minutes, et c’est 3 minutes où tu attends désespérément voir du sang. Oh ? Mais tient ? Mais qui voilà ? Oh c’est le CNC qui nous a hypé pour rien ! Je recontextualise, on voit le teaser, on fait un avc, puis le trailer, on appelle le SAMU, puis là, on voit cette décision du CNC. Soit, autant que Men, qui possédait parmi les 15 dernières minutes les plus éprouvantes que je connaisse, avec une réelle démarche de body horror. Bon, ils ciblent surtout le plus jeune public, mais pas grave, on sait jamais, surtout que leur motif est vraiment encourageant. Bah vous savez quoi, je vais être très cru mais allez-vous faire foutre le CNC. Je l’avais teasé plus haut, mais, sans déconné, il sort d’où cet avertissement ? Pour un slasher, c’est tellement sur-cuté que t’as à peine le temps de voir les effluves de sang, et la scène la plus graphique est héritée de Sans un bruit 2… QUI EST PG-13 !!! Non parce qu’on rigole on rigole, mais le dernier film d’horreur produit par Besson… bah c’était Frontière(s), et, certes, Frontière(s) est un implacable nanar, mais c’est aussi plutôt généreux en gore et en boucherie, pour le coup, on ne peut pas dire qu’il y ait arnaque sur la marchandise. Là, rien, nada, aucun séquence un peu body horroresque, aucun passage un peu cruel. A la limite, la scène de l’arbre qui est un peu graphique mais c’est vraiment pour être positif. Car au final, on passe après un premier tiers voir moitié de film dont on se fout pour arriver sur soit, des scènes de mise à mort un peu cool mais qui participent surtout à l’aspect anti-climatique de l’ensemble, soit, à rien. Mais genre rien, coucou la scène de la voiture, t’es mort ? T’es pas mort ? On s’en bas les couilles comme dirait l’autre, un certain Grossman d’après les rumeurs, il faut vouloir laisser l’imagination au spectateur. Malheureusement, très cher, l’imagination ça se travail, et je vais rien imaginer du tout à voir le cousin d’Usain Bolt faire 3 allers retours devant ta voiture. On a compris là où tu voulais en venir nous, et vu la pauvreté de l’ensemble, c’est pas la peine de se la jouer elevated horror. Et puis surtout, c’est quoi le sous-genre de ce film ? Fantastique ? Oui, mais vu que la menace est humaine, non. Slasher ? Bah techniquement oui mais en même temps tout le monde en a tellement rien à foutre des autres, et les mises à mort sont si peu cruelles qu’on est loin des scream et compagnie. Thriller paranoïaque vu qu’on est entre les deux ? AH. Ne me faites pas encore rire. Rire, nanar donc ? Bah même pas, car au-delà de la performance des comédiens, et de quelques passages vraiment… spéciales, tellement forcées que ça en devient presque expérimental bah on ne rigole pas tant devant le film. Enfin surtout à contrecœur à vrai dire tellement j’étais dégouté de voir certaines idées exploitables totalement réduites à néant.

Une idée gâchée

Vous savez ce que je j’aime retrouver dans le cinéma horrifique ? C’est la corruption. Alors non, pas celle de Polanski vis-à-vis des Césars mais celle d’objets, de scènes de la vie quotidienne, bref, ce que vous voulez pour le détourner de manière à troubler si ce n’est terrifier le spectateur. J’ai cité un exemple très parlant avec Chucky et globalement, ce que j’attendais le plus dans cet Arthur Malédiction, enfin, ce que je voulais voir de réussi comme minimum syndical c’est la corruption de la licence et de certaines séquences spécifiques. En effet, pour reprendre une des images du trailer, celle des guêpes et l’allergie liée qui étaient déjà un des enjeux de la trilogie de base (bien que ça soit plutôt des abeilles dans le cas présent). Aussi les aborigènes et leurs maquillages muraux, la scène de constriction dans le 2, et j’en passe. Voilà, maintenant que je vous ai donné l’eau à la bouche devinez ce que ça donne quand le métrage multiplie anti-climax et horreur aseptisée.

Indice :

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Je sais qu’il ne faut pas juger un film pour ce qu’il n’est pas ou ce qu’on voulait de lui, mais ce qu’il est. Mais au bout d’un moment, merde, non seulement la communication était basée sur ce principe, et c’est à peu près la seule chose qui peut tenir la route. Ca devient quand même effarant que dans le film pour enfant, la scène de constriction ait une mise en scène à la saw, et qu’ici on est en face de rien. Mais quand je dis rien, c’est qu’on me vend la scène sur une sorte de sacrifice/torture ou je sais pas quoi et le métrage semble finalement dire, d’une voix suave : alors oui mais non (et je compte pas le montage illisible). Donc déjà autant dire que je n’arrive plus à m’accrocher à quoique ce soit sortant de cette daube, mais en plus d’être une occasion manquée, ça fait mal de se dire que la scène fait plus peur dans un film (je cite Apollo) déconseillé aux plus de 12 ans. Non et c’est quand même dommage d’avoir toute une maison à sa disposition pour au final passer plus de temps dehors. Sans rire quand ils sont dans la baraque, les scènes dans la cave, cave qui n’était pas présente dans la trilogie, sont plus longues que les péripéties dans le reste du bâtiment, réellement en lien avec Arthur. Non et puis, disons qu’aucun des protagonistes ou antagoniste de la trilogie ne revient. Passé la blague de « c’est des cosplays » bah, que dire si ce n’est que c’est des cosplays. Mais attention, des cosplays qui ont un message urgent à vous faire passer : « la drogue… c’est mal ». Après cet instant de pur philosophie je me rends compte à quel point ce film n’est pas juste nul, il est vain. Ca allait droit dans le mur et au lieu de faire avec pour au moins nous balancer quelque chose de goguenard, on a eu ce truc… triste. Ce n’est même pas cynique, non, c’est juste un non-sens complet, qui semble s’auto-limiter ou quelque chose du genre. Il balance plein de pistes mais n’en règle vraiment aucune. Bon par contre, désolé, mais ça n’est pas non plus le film ultra sexiste, misogyne ou je ne sais quoi que certains inventent dès que le nom Besson est quelque part. Quand on lit les interview de Grossman, on sent que ça n’est pas un simple yes-man, et qu’il a avant tout voulu rendre hommage aux slashers de son adolescence avec les clichés qui vont avec. Sauf que, c’est bien d’avoir des clichés, c’est encore mieux de jouer avec. Là, on dirait qu’il suit la droite lignée de ces derniers, sans se rendre compte qu’il a 50 ans de retard ou que recopier ça n’est pas du pastiche mais juste, plus quelque chose d’intéressant.

En fait, dans la théorie, Arthur Malédiction devrait être un objet amusant, mais il est surtout daté. Malgré qu’on ait pas atteint le point de l’indigence, il n’y a presque rien qui fonctionne alors que pourtant, on pouvait espérer quelque chose. Et honnêtement, même si je savais que ça ne sera pas bien, je ne m’attendais pas à me retrouver devant ce truc qui fait rire les détracteurs du bonhomme en le prenant toujours plus de haut, quand les quelques défenseurs comme moi, ayant encore de l’espoir en ses talents, tombent de haut. Très haut.

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