Abîme de douleur et de honte

Avis sur 12 Years a Slave

Avatar Step de Boisse
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Depuis trois ans, Twelve Years a Slave reposait au fond d’un placard. Inconsciemment, je repoussais l’épreuve.

La tentation est grande de faire de l’esclavage le mal absolu. Ce serait oublier que, de tout temps, l’humanité l’a pratiqué. Le vaincu choisissait entre la mort et la captivité, une punition héréditaire. Alors, serait-il un mal nécessaire ou inévitable... Et existe-il de bons maîtres ? Non. Steve McQueen trouve le ton juste pour nous ramener à la raison : l’esclavage avilit maîtres et captifs. Jamais, l’homme n’accepta de plein gré la condition servile. L’humain ne se domestique pas. Le « bon nègre » obéissant a été brisé physiquement et moralement. Le planteur tient ses prisonniers par la terreur... et redoute leur révolte. Solomon Northup rencontre trois blancs miséricordieux qui, s’ils acceptent d’écouter des bribes de son histoire, hésitent à l’aider, par peur pour leur vie. Secourir un esclave est, dans le Sud profond, le tabou absolu.

Les planteurs ont catéchisé leurs victimes et, contre toute attente, la greffe a pris. L’esclave a adopté la religion du tortionnaire. Les Noirs se sont identifiés à Israël, le peuple élu, esclave de Babylone, puis de Pharaon. À Jésus, le juif condamné au supplice des esclaves révoltés. Le christianisme leur a donné l’espérance et le courage d’attendre leur libération. Comment les Blancs concilièrent leur foi avec l’esclavage ? L’exercice était plus ardu, les contraignant à nier toute humanité aux « nègres », à les réduire au statut de bête. Tiraillé par une impensable concupiscence, le planteur Edwin Epps bascule dans la folie.

Twelve Years a Slave repose sur un extraordinaire Chiwetel Ejiofor qui incarne un père heureux puis, sans transition, un captif effondré, combatif, endurant, malin, épuisé, éteint... Que dire de plus ? Les images sont magnifiques. La nature est somptueuse, les champs de coton, les villas immaculées et les robes longues se parent, au soleil couchant, de mille couleurs irisées. Le soir venu, éreintés, les parias chantent :

« Roll Jordan, roll
Roll Jordan, roll
I want to get to
Heaven when I die
To hear Roll Jordan roll
Roll Jordan, roll
Roll Jordan, roll
I want to get to
Heaven when I die
To hear Roll Jordan roll
»

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