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Les Moissons du ciel

Avis sur Tomorrow's Harvest

Avatar Prodigy
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Une ambiance grise et soviétique, une atmosphère de désolation, la bande son glaciale d'un film d'anticipation des années 70 : welcome to Soleil Vert 2013 : the soundtrack. Ou dans Threads : The Musical.

Un nouvel album qui, malgré un petit coup de mou (Sick Times, pas bandant, Cold Earth, gentillet) et un son qui ne s'écarte jamais du petit Boards of Canada illustré, s'impose comme une absolue réussite.

Une intro parfaite - Gemini, quelle entrée en matière! -, une première partie qui pose les bases et installe l'ambiance, lance les hostilités avec un Reach for the Dead déjà maintes fois entendu et pourtant toujours aussi fort.

Puis, dès Collapse, une seconde partie d'album monumentale, montée progressive et inespérée de morceaux puissants, jusqu'à l'orgasme Come to Dust et la petite mort Semena Mertvkh, qui vient nous ramener brutalement à cette réalité froide. Nous sommes chez les mutants, dans un des premiers films de David Cronenberg. Une ambiance magistrale, entre ambient virtuose, drone music dépressive, électro brillante, à la fois mélancolique et heureuse, et bande originale post-apocalpytique.

BoC a toujours soigné ses morceaux dits "de transition", dont certains font d'ailleurs partie de mes titres préférés du groupe. White Cyclosa, Telepath, Transmisiones Ferox (hommage aux bis italiens ?), Collapse, Uritual (coucou les Ambient Works d'Aphex Twin), Sundown... On touche ici au sublime. Et déjà quelques classiques définitifs et instantanés du groupe : Nothing is Real, absolument. Reach for the Dead, Split your infinities, Come to Dust et Palace Posy, sans aucun doute.

C'est peu de dire que je n'en demandais pas tant, espérant au mieux le retour à un son familier (il est toujours là), quelques audaces (elles sont là, cf. Jacquard Causeway ou Palace Posy). Sans plus. Et faire une si forte impression dans un milieu - la musique électronique - qui ne s'est jamais aussi bien porté, n'a jamais réuni autant de talents divers ou de gens brillants, ça n'était pour ainsi dire pas gagné d'avance. Mais en vrai maîtres de leur science, ils y sont de nouveau parvenu. Le beat est lourd, puissant, les mélodies épurées pour ne pas dire rares, les couches de son et les textures incroyables, comme à leur habitude. Et les voix sont distordues et cadavériques, comme issues du Prince des Ténèbres de John Carpenter, dont la musique est d'ailleurs ouvertement citée à plusieurs reprises.

Une claque d'autant plus grande qu'on attendait l'album avec impatience mais aussi, pour ma part, avec beaucoup de craintes. Se contenteront-ils de la redite paresseuse, du prolongement sans âme ? S'agirait-t-il d'un véritable nouvel album, ou, pour parler avec les mots d'aujourd'hui, d'un simple DLC ? Après huit ans de silence, c'est peu de dire que recevoir des nouvelles d'un ami est toujours un moment terriblement angoissant. Lequel de nous deux aura changé le premier ?

Ayant toujours été grand adorateur de leur veine Geogaddi-esque, moins de celle de Music has the right to Children et surtout de Campfire Heaphase, qui m'avait laissé peu de souvenirs, j'avais aussi très peur du retour poli, gentil, à une production de musique en mode contractuel : nous avons besoin de remplir un disque, Warp a besoin de gagner de l'argent. Boy was I wrong.

En bref : déjà l'album de l'année pour moi. Et ce même en refrénant tout côté BoC fanboy. Je regretterais juste un poil de mange d'homogénéité dans l'enchaînement des morceaux, parfois étrange. Ce qui paradoxalement ajoute beaucoup à l'ambiance particulière de ce disque tout en cassures et en ruptures, qui a déjà réussi à me marquer de manière indélébile en quelques écoutes à peine.

Master fucking piece.

PS : certains fans un peu fous évoquent déjà une construction d'album mathématique / en palindrome avec Collapse en son centre (le morceau est "réversible"), voire une construction volontairement désordonnée : http://www.twoism.org/forum/viewtopic.php?t=10919. La légende Boards of Canada continue...

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