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Cinquième ère : Il est temps de mourir

Avis sur Stup Forever

Avatar poulemouillée
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Comme un peu tout le monde, je suis surpris par la sortie de cet album auquel personne n'imaginait sa venue. Il faut dire que Stup Virus, sorti il y a déjà 5 ans de ça, était déjà un album un peu particulier. Le crou vu par Julien Barthélémy semblait déjà fatigué de "terroriser la population" : instrumentaux beaucoup plus posés et... sages, des paroles qui laissaient tomber tout l'univers autour du groupe pour se concentrer sur de l'ego-trip en consonnes... Et puis surtout il y avait 1993, chanson qui osait mettre à mal toute la mythologie construite pour parler du "vrai" Stupeflip, révoquant les événements "historiques" impossibles à réfuter. Dans un autre registre, Fan 2 Stup, chanson un peu méta sur un fan découvrant le groupe, alors que King Ju lui dit que ce n'est que "de la flûte". Autrement dit, Julien Barthélémy était en train de dresser le bilan de King Ju et les autres, et présenter encore une fois son album d'adieu. Je dis bien encore car à travers Le Crayon Titi qui clôturait The Hypnoflip Invasion ou Visions qui clôturait l'EP Terrora !!, on avait déjà des simili chansons d'adieu, mais rien à voir avec celles de Stup Virus, ce que à peu près tout le monde a compris comme ça. Autant dire que quand j'appris que Stup Forever allait sortir prochainement, j'ai sorti un "ah" et c'est à peu près tout.

On va commencer par le positif, et c'est les instrus. C'est toujours dans la continuité de The Hypnoflip Invasion/Stup Virus, un son bien plus orienté hip-hop avec des gros synthés kitschounet des années 1980. Mais on note aussi un retour aux sonorité "cracra" : les shittyflute de Tiger Crane, les beats presque sans mélodie de Vengeance!!! ou Étranges phénomènes, et le retour des guitares électriques dans Gluô... L'album est finalement une assez bonne synthèse des nombreux albums. Par contre, King Ju qui revendique sur Tiger Crane faire du "rap 90"... alors en fait non. Même si parfois on a cette désagréable impressions de déjà-entendu, par exemple avec The Platform qui ressemble plus à une demo d'Apocalypse 984..

Mais là où le bât blesse, c'est dans les paroles. Vous vous souvenez de Stup Virus quand 90% des chansons étaient du "cric crac crotte le stup crou qui crache contre les cancres accro au crack" ? Et bien profitez-en car c'est bien meilleur qu'ici. Je sais pas ce qui s'est passé dans la tête de Julien Barthélémy, mais franchement, tout est chiant, rien n'a de sens. Certes, il y a encore la volonté d'appliquer la recette du "je-joue-sur-la-sonorité-des-mots", mais c'est molasson. Par exemple le coup du "gourou qui s'est gourré" c'est pas l'idée du siècle mais ça fonctionne. Mais dans DTB, c'est juste mal fait. Et souvent ça vient mettre à mal le potentiel des instrus. Le meilleur (ou pire) exemple, c'est Étrange phénomènes à l'instru incroyable, absolument niqué par "olalalala c'est moi que voilà sans chalala" (je vous jure c'est les vraies paroles). Vous allez me dire "Oui mais Poule Mouillée t'es con, ya toujours eu des paroles un peu débiles dans Stupeflip t'es débile ou quoi ? Certes, il y en a toujours eu, les rimes un peu nazes, les insultes qui manquaient de violence, mais ça prenait le temps d'une rime, et on passait à autre chose, notamment de l'ego-trip plus ou moins sérieux, c'est ça qui faisait que l'énergie fonctionnait.
Et c'est super dommage car dans la même chanson King Ju nous parle de sujets sensibles comme les relations plus que compliquées qu'il avait avec son père (alors que petit aparté : il lui rend hommage dans le clip de DTB ???? ça me semble un contresens mais j'ai dû louper un truc). Et au milieu, ça nous sort chalalalala. Pour le coup, King Ju a toujours fait en sorte de séparer les sujets graves et les choses plus légères. On dirait que MC Salo est venu braquer un flingue sur le crâne de Julien Barthélémy pour le forcer à balancer des textes absurdes... Je dis pas que Stupeflip était autrefois une référence de l'écriture, mais il y avait dans ses textes un mélange habile de second degré et de passages "engagés", simplistes, mais sincères et bruts. Ici on est dans un entre-deux loins d'être évident.

Tiens, les feat, parlons-en. Il y a cette méprise autour du "groupe" Stupeflip. En réalité, c'est davantage le travail personnel de Julien Barthélémy, avec des invités réguliers comme MC Salo et Cadillac (mon chouchou). Et bien qu'ils se faisaient de plus en plus rares au fur et à mesure des albums, leur présence apportait un vent de fraîcheur (mention spéciale à Cadillac qui transcende Stup Virus avec ses couplets dans 1993 et Tales from the Crou). Mais là... c'est la déception, c'est l'expédition, comme si King Ju se sentait obligé de les intégrer. Le pauvre Cadillac n'apparaît que pour un couplet d'à peine 20 secondes avec un texte qui dit en gros "je passe faire coucou" (en plus ya un problème de mixage non ????? on dirait qu'il est noyé derrière l'instru).

Le problème est le même en ce qui concerne les "personnages" de Stupeflip (il faut dire qu'à part MC Salo et Cadillac, ils sont tous interprétés par Julien Barthélémy). Notamment le cas de Pop-Hip. Rappelez-vous : ce type qui fait des tubes commerciaux, ce qui a le don d'énerver les autres membres du groupe, mais comme c'est le seul à faire rentrer de l'argent, il est gardé malgré tout. Dans les autres albums, sa présence était toujours bienvenue, là aussi ça apportait une once de fraîcheur avec ses chansons débiles sur l'amour ou les voitures. Mais ici, impossible de faire la différence entre sa chanson et celle des autres. C'est dommage, les multiples apparitions permettaient d'apporter de la variations, mais dans cet album, on doit s'en contenter dans les instrus. (Et ReggaeMan là, c'est abominable au secours)

On l'a compris, avec Stup Forever, le Crou cherche plus à proposer des chansons qu'à déployer sa mythologie, alors que c'en était un point central, surtout dans les deux premiers albums. On notera une exception : lors de l'interlude Tensions, on apprend que Sandrine "Google Trad" Cacheton de Stup Virus se fait virer et se fait remplacer par Fabien Pollet, le narrateur originel, et que celui-ci allait entamer des négociations avec le roi des Argémiones... et c'est tout. Si je dois jouer au fan boy, je dirais que c'est à ce moment-là qu'il meurt comme on peut l'entendre dans le premier album. Mais bon, un contenu aussi maigre, ça nous laisse plus sur notre faim qu'autre chose, autant ne pas en parler. En fait, ça se ressent plus largement dans l'ensemble de l'album. King Ju n'est plus là pour proposer des albums concepts, mais avec un peu de mauvaise foi, je dirai qu'il balance tout simplement les sons qu'il lui reste. Les transitions sont affreuses, elles n'apportent pas grand choses, se contentent de répéter "Le Crou est mort ??? Peut-être ???? ou peut-être pas ????", on avait connu du contenu plus intéressant.

Si j'avais qualifié Stup Virus de fatigué, je suis à deux doigts de qualifier Stup Forever de paresseux. En l'espace de 5 ans (et biiiiien plus si l'on part de the Hypnoflip Invasion), Stupeflip n'a pas vraiment été capable de faire évoluer son projet. Pire encore, il est resté coincé dans un trip de jeune adulte rebelle et débile, mais a encore moins de choses à raconter qu'auparavant. Jveux dire, des titres comme A bas la Hiérarchie, c'est pas le summum de la plume engagée, mais c'est un sentiment qui nous a tous touché : qui n'a jamais rêvé d'aller envoyer chier son supérieur ? Là on se retrouve avec des textes encore plus lisses, qui racontent encore moins. N'en déplaise aux fans-hardcore prêt à gober n'importe quoi, le Crou est à court d'idées, et espère tant bien que mal de le cacher avec des morceaux à peu près tous ressemblants, ne tirant leur force que dans la variété des samples trouvés.

Finalement, je ne retiendrais pas grand chose de ce Stup Forever. Il y a donc Étrange phénomène et Tellement bon, surtout pour leur instru sympa. Et Régions fédérées sous une forme d'épilogue qui entretient une sorte de nostalgie, certes de manière un peu putassière, mais efficace (bon ya juste le passage sur Rambo qui me soûle un peu). Qui lui aussi, sonne comme une sorte d'épilogue, sans être vraiment tout à fait convainquant.

En espérant que ce soit vraiment la fin.

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