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Ptah, the El Daoud par xeres

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Alice Coltrane Featuring Pharoah Sanders And Joe Henderson – Ptah, The El Daoud (1970)

Parmi les trois albums enregistrés par Pharoah Sanders en mille neuf cent soixante-dix, celui-ci est le premier dans l’ordre chronologique, il a été en effet enregistré le vingt-six janvier au « Coltrane Home Studio », dans les sous-sols, à New-York. Pour dire vrai, à l’époque tout ne s’est pas passé comme on croit pour ce qui concerne Alice Coltrane. Le regard, aujourd’hui largement partagé, était vraiment différent, dans nos contrées.

Parlons de l’hexagone et des vecteurs médias de l’époque, c’est-à-dire essentiellement la presse jazz, qui bien souvent était le reflet de ce qui se passait aux States et ailleurs, avec le décalage temporel que l’on imagine bien. Alice Coltrane était assez largement descendue. On ne lui pardonne rien, curieusement ostracisée, un peu comme Yoko Ono, si je puis me permettre une analogie.

Ça témoigne d’un certain malaise envers John Coltrane, son choix de fin de vie, le free jazz, le nouvel orchestre surtout, avec Alice à la place de McCoyTyner, un truc pas facile à encaisser. Mais surtout s’ajoutent les accroches sur sa façon de gérer l’œuvre de son défunt mari, qui étaient souvent très critiquées, la sortie d’« Infinity » et du choix des cordes, par exemple. Du coup Alice a pris, et ses albums se faisaient descendre fissa. Ainsi, il m’a fallu du temps pour m’affranchir de tout ça, et la disco d’Alice n’est arrivée à mes oreilles que sur le tard.

Dont ce fameux « Ptah, The El Daoud » si bien millésimé. Alors c’est sûr ce n’est pas un album de John, et il est bien qu’il en soit ainsi, il reste de jazz c’est indéniable, mais il se parfume aux essences lointaines, à la musique indienne, et sans doute à une certaine quiétude, une sérénité retrouvée, une paix mélangée de tristesse. Un album recueilli.

Alice joue du piano, formidablement, et de la harpe, aussi. Ceux qui sont là sont des grands et ne sont pas devenus des quiches du seul fait de partager la peine d’Alice, Pharoah le premier qui stationne côté droit, avec son ténor, sa flûte et ses clochettes. Joe Henderson, au ténor et à la flûte aussi, garé côté gauche, et Ron carter avec sa basse, magnifique, et Ben Riley, efficace et sobre, à la batterie.

Toutes les compos sont d’Alice, dont le morceau titre qui porte le nom d’un Dieu Egyptien, « El Daoud » signifiant « le bien aimé » nous indique-t-on. L’heure n’est pas à la rigolade, c’est certain, chacun se tient plutôt dans le respect et la retenue. Du coup une certaine distance s’installe qui tient l’album, on goûte les solos des ténors, Joe Henderson plus classique et Pharoah qui balance ses émotions à nue, mais sagement, en attendant son tour.

Alice est une merveilleuse pianiste, il faut bien le dire, peut-être n’est-elle pas si riche en swing mais quelle tension dans son jeu, et toujours cette « tenue » qui tient haut l’album. La seconde pièce regarde du côté des Indes, « Turiya And Ramakrishna » à visée spirituelle se préoccupe du Nirvana, Ramakrishna étant lui-même un grand mystique qui prêchait l’universalité de la piété et des dévotions. Ces thèmes rejoignent les préoccupations de Pharoah qui s’implique fort quand son tour arrive, mais nul doute que les pièces ici sont avant tout des prières.

« Blue Nile » marque le retour à l’Afrique, au calme et à la quiétude, Alice joue de la harpe et nos deux souffleurs de leurs flûtes, la pièce est champêtre et bucolique, Ben Riley et Ron Carter jouent eux aussi un duo magnifique et la harpe berce et envoute tandis que les flûtes chantent et s’évertuent.

Pour finir « Mantra » est la pièce la plus longue, dépassant les seize minutes, grave plutôt dès l’intro, quelque chose entre tension et hallucination se déploie. Une manifestation de l’hindouisme ou peut-être du bouddhisme qui habite Alice. L’occasion pour Joe Henderson de prendre le rôle de Trane sur son long solo de ténor, il n’en a pas le volume mais les accents sont bien là, réveillant les esprits endormis. C’est très beau. Pharoah répond droit, avec ferveur en évitant le cri, qui serait trop, mais en déchargeant une forte dose émotionnelle, des larmes sincères gouttent. L’album s’achève ainsi dans la peine et la gravité.

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