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Illinois par Chro

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Par Olivier Lamm

On le savait déjà en en entendant des rumeurs, de longs mois avant qu’il soit fini ; on l’avait déjà deviné en entendant le titre, évidence sous la langue (d’ailleurs, d’"Illinois" ou "Illinoise", jusqu’à (Come on feel the) Illinoise !, personne n’en a toujours réussi à déterminer le titre exact, vous savez) ; on le voyait venir gros comme un chef-d'oeuvre, au fur et à mesure que des fragments s’en amassaient. On aimait l’idée, énorme et trop béton pour avoir l’air d’autre chose que d’une plaisanterie, de trop, dans l’ici et maintenant de la pop endormie par les coups de butoir du toujours pareil, de la résurrection perpétuelle qui endort. Pensez-vous, cinquante états américains pour cinquante oeuvres (cinquante disques, peut-être pas), quel culot ; quelle vista ; quelle… connerie ! Par ici, les américains artistes, on les aime brisés et plein de haine pour eux-mêmes en même temps que pour leur pays, cette aberration grosse comme une Cadillac, on les aimes sauvages, grands singes dans la plaine ou le long d’une bretelle d’autoroute en suspension au-dessus d’elle-même, tout juste bons à tressaillir de l’art sans ordonnée, du document brut d’expérience brutale chanté faux du bout de la barbe ; on les aime bien quand ils parlent avec des gros mots et quand ils prennent des drogues dures ; on les aimes mieux quand ils sont plausibles, c’est-à-dire, on les aime mieux en figures pratiques que quand ils ont l’avant-garde embarrassante. Pas quand ils écrivent mieux que les européens ; pas quand ils sont plus modernes que les européens ; pas quand ils sont plus habiles que les européens ; pas quand ils aiment leur pays.

Sufjan Stevens a beau avoir un sale nom bizarre, collision d’Afrique du Nord et de bonne vieille anglo-saxonnité, c’est quand même un petit chrétien qui farfouille son pays, et son pays seulement, et qui voudrait vous faire croire que son message est universel. Ca, les européens aiment pas. D’ailleurs, ils ont beau fouiller partout dans (Greetings from) Michigan, le premier volume indécent de sa série (qui cause de son état à lui, en plus), pas une pointe d’ironie ne dépasse, pas un pet de noir dessein, pas une vis dans les roues du projet : parcourir les états, étirant, comme tout les grands romans, le particulier vers le général, les images aériennes, le travelling circulaire, le close-up, c’est du sérieux. Il fait ça comme il faudrait pas, avec amour. Sufjan Stevens, indie kid mignon tout plein, élevé avec la jolie famille Danielson, sûrement sportif, bon fils, virtuose (il joue presque tout, tout le temps, il fait la liste à chaque fois), écrit sur son pays, petit patriote, ne parle même que de ça, tout empreint de messages de tolérance, d’amour, de pardon, de bonnes valeurs chrétiennes (il se définit comme un chanteur chrétien, si) et théoriquement ça en énerve plus d’un par ici. Et quoi donc, il est des oeuvres désarmantes, il est des projets qui volent au-dessus de leur descriptif. (...)

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