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Comparing scars before dinner

Avis sur IGOR

Avatar Ewenn C.
Critique publiée par le

N'ayant jamais été le plus grand fan de Tyler, the Creator, j'avais été agréablement surpris par l'écoute de son quatrième LP Flower Boy, où l'on découvrait une nouvelle facette de la personnalité de Tyler, plus mature et plus assurée dans ses expérimentations musicales que précédemment. Tout n'était pas parfait mais, en prenant de la distance avec les textes horrorcores absurdes de Bastard / Goblin et les délires acoustiques foireux de Wolf et Cherry Bomb, le leader de feu Odd Future montrait enfin qu'il n'était pas qu'un éternel ado attardé, un gamin piégé à l'intérieur d'une carcasse lui donnant l'apparence d'un adulte. C'était donc avec une curiosité réelle, puisque je me demandais s'il serait capable d'aller encore plus loin dans sa mue artistique ou s'il finirait au contraire par retomber dans ses travers, que je démarrais l'écoute de ce Igor sorti presque pile deux ans après Flower Boy. J'étais néanmoins loin de me douter de l'immense baffe que j'allais me prendre dans la figure, car oui, n'ayons pas peur des mots, ce Igor est non seulement de loin le meilleur album de Tyler, the Creator, mais fera également partie, à n'en pas douter, des noms mentionnés en premier lorsque l'heure viendra de désigner les meilleurs disques de l'année 2019.

Suivant une structure narrative simple, qui voit Tyler tomber amoureux d'un homme (ce qui ne manquera pas de relancer les débats sur sa sexualité initiés par Flower Boy) avant de prendre progressivement ses distances avec lui, l'album est remarquablement bien construit. A la veille de sa sortie, Tyler préconisait de l'écouter d'une traite, sans pauses ni distractions extérieures intempestives : après avoir suivi ses conseils (finalement pas si difficiles que ça à appliquer grâce à la durée idéale du disque, qui s'étend sur 40 minutes), on comprend que le natif de L.A. souhaite que ses auditeurs apprécient la cohérence de l'univers artistique qu'il a créé à travers les 12 morceaux proposés, un univers où les pistes s'enchaînent avec une telle fluidité que l'on a initialement davantage l'impression d'écouter les multiples phases d'une seule et même chanson en pleine mutation qu'un ensemble de titres ayant leur existence propre.

Dès lors, distinguer certaines chansons des autres pourrait sembler être compliqué ; on se rend néanmoins compte après certaines écoutes que certains morceaux trottent bien plus longtemps dans la tête que d'autres. On pense notamment à IGOR'S THEME et sa ligne de basse à réveiller un mort accompagnée d'un refrain entêtant signé Lil Uzi Vert ; NEW MAGIC WAND se détache également à mes yeux par sa production absolument crasseuse et le dernier couplet implacable que Tyler pose vers la fin du morceau. Le centre émotionnel de l'album reste néanmoins l'extraordinaire GONE, GONE / THANK YOU où Tyler, accompagné d'un Cee Lo Green visiblement passé en mode Super Saiyan au moment de poser son refrain, émerveille par la justesse et l'intelligence des changements de tons qu'il adopte. Aux deux premiers couplets, rendus avec un timbre de voix enfantin obtenu par déformation informatique (une technique que l'on retrouve tout au long de l'album et directement empruntée au blond de Frank Ocean), succède un troisième couplet qui surprend par la gravité de la voix de Tyler, encore plus marquée qu'à l’accoutumée. Insistant tout particulièrement sur ses finales ("Oh now it's 90 deGREES, and all the tricks up my SLEEVE"), TC livre un couplet particulièrement obsédant qui le voit enfin accepter l'impossibilité de continuer sa relation avec son bien aimé. La seconde partie du morceau, totalement anecdotique, n'est de toute évidence là que pour prolonger la tradition des 10e pistes en deux parties que l'on retrouve sur chaque album de Tyler ; elle ne parviendra néanmoins pas à gâcher tout le plaisir procuré par cette fabuleuse première partie.

Est-ce pour autant que le reste de l'album ne mérite qu'une attention marginale? Certainement pas, bien au contraire ! Les autres pistes sont peut-être moins mémorables à mes yeux, mais frappent toutes par la véritable richesse musicale dont elles regorgent ; surtout, il n'y aucune honte à se situer un cran en dessous de trois chansons qui frôlent la perfection, et ces huit autres morceaux se situent eux aussi dans le haut du panier de la discographie de Tyler. Refrains marquants ("Don't leeeeeeeave, it's my faaaault", "You're my puppeeet" ou encore "I think I'm falling in loooove") et improvisations instrumentales réussies (comme à la fin de I Think et Running Out of Time) sont ainsi au programme d'une galette qui, contrairement à Flower Boy, ne souffre d'aucune véritable fausse note (coucou Who Dat Boy). Reste donc à l'arrivée la sensation d'assister à l'apogée artistique de celui qui n'a cessé de surprendre par les changements de direction radicaux effectués par chacun de ses albums : celui-ci est incontestablement le plus réussi... du moins, jusqu'au prochain ?

J'ai particulièrement aimé : IGOR'S THEME, NEW MAGIC WAND et GONE, GONE / THANK YOU

J'ai un peu moins aimé : A BOY IS A GUN

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