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Igor, Igor d'Hossegor

Avis sur IGOR

Avatar Bohort
Critique publiée par le

Je ne suis jamais venu vers Tyler Okonma, il a toujours fini par trouver sa voie jusqu’à mes petites cages à miel. A l’école c’est un monstre sacré, le fameux artiste conciliant les goûts musicaux, cela avait presque le côté irritant d’un monopole de bon goût. Flower Boy a eu le mérite d’agréablement déjouer ma mauvaise foi, qu’importe si l’album est plein de prétention, il est à la hauteur et toutes ses influences ont de quoi enthousiasmer et laisser présager une suite toute aussi raffinée. Après une ellipse de deux ans c’est donc le même tableau qui se présente d'apparence, l’attente croît, le public aussi, Tyler tease à tout va sur son Twitter. Le ton était donné d'entrée: « he’s coming » . C’était le signal. Batman guette l'horizon de Gotham, et ma promotion mirait fiévreusement les bacs à la recherche de ce portrait sur fond rose tant attendu. Pourtant pas affiché sur Sens Critique, Igor est venu à moi par hasard, dans la voiture d’un pote en rentrant: « hé écoute moi cette intro … ». Et j’ai compris à qui j’avais de nouveau à faire. C’était un heureux hasard. Et j’aimé le peu entendu avant de le déguster plus égoïstement.

On retrouve tous les éléments à attendre: le nombre pharamineux d’influences, d’invités, de rumeurs de collaborations démenties, d’ambiances. Les pistes défilent, les ponts se succèdent, et l’album s’encaisse d’une traite, tout est évident, sans bavure. Le créateur assied sa réputation méticuleuse. Au point même de recomposer 6 fois le morceau I THINK avant d’être pleinement satisfait du pont. Cette attention au détail porte l’album à la hauteur de sa prétention, de toute l’attente qui reposait sur cette sortie. nouveau on pourrait faire du cas par cas avec les morceaux, mais ce texte pitchoun serait encore plus barbant, alors au diable.

La teinte de l’album se trouble vite, brouillée quand apparut Tyler Okonma brisé par les sentiments. A la première écoute c’est une évidence. L’amour a consumé Tyler comme l'acide dissout les ennemis de la Camora avant de couler dans la Baie de Naples silencieuse et résignée. Ca tombe bien, « Trouver la paix en se noyant » dit-il sur RUNNING OUT OF TIME … De désespoir, il détruit les remparts rigides des styles musicaux pour créer un objet inclassable dans lequel jamais il n’a été aussi paradoxalement seul, entouré pourtant d’un line-up à la diversité vertigineuse. La solitude a abolit les frontières pour livrer ce malt singulier. Le milieu d’album est sublime et multiplie les carrefours d’influences, PUPPET apparaît, d’une lucidité navrée, coupée par les sirènes au synthé de fin. Et ce A BOY IS A GUN est édifiant de toute l’ambivalence des sentiments, une hésitation rendue délicieuse par la prod’ encore planante et l’entêtant « don’t shoot me down » imprimé en lettre capitales dans les têtes.

Quant au coup de coeur de cet album, il est tout désigné. Le très touchant GONE, GONE/THANK YOU, si différent et aérien qu’on a cru un bon moment que Tyler s’est accompagné de King Crule, du Mild High Club et Cee Lo Green (seulement vrai pour ce dernier, accompagné de La Roux). J’étais comme un enfant hystérique en voyant ces artistes cités dans un même morceau. Et voir que ce n’est même pas le cas pour les deux premiers rend ce morceau encore plus fascinant. Tyler sait tout faire. Le résultat est là planant, délicat, brûlant à vif la blessure amoureuse pour mieux la cicatriser et l’embaumer drapé de l’onguent aérien indie. C’est fini, gone. Enfin non, ce serait trop facile évidemment, il fallait cette transition avec Thank You pour expédier le crâne droit en orbite. Je m’étale. Et je ne suis certainement pas objectif avec un morceau comme celui-ci.

Un ultime élément a donné à cet album une profondeur touchante, l’aspect sentimental: cette confession, sans laquelle les synthés, pesants, lourds de rancoeur et de reproches, ne seraient pas immédiatement suivis par les ponts désillusionnés menant à la conclusion de l’album. La carrière de Tyler semble alors prendre une nouvelle dimension. Celle du créateur de cette odyssée aigre-douce vers les eaux stagnantes de l’acceptation. Mac Miller regardait les films sans son, Tyler Okonma accepte l’amour en avançant seul.

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