Vous ne trouvez pas les toutes dernières sorties ? C'est normal : on rencontre un petit problème avec la base de données Musique. Désolé du désagrément et merci pour votre patience. On revient vers vous dès que la cause du problème est réglée.

corps en charpie

Avis sur Blue Train

Avatar KiidCathedrale
Critique publiée par le

Les bouffeurs d'herbe, indisciplinés et braillards, piétinent les carreaux froids du corridor. Je me suis planqué en salle 103, sax à la main. L'instrument fatigué a l'anche qui bave.. j'attends, les yeux rivés sur la porte. Un bestiau toqué renifle la poignée, je l'entends gratter le sol. Les sabots ébènes du monstre perdent patience, s'usant avec férocité. D'un mouvement félin, j'opère un repli stratégique derrière le piano, collant mon dos en sueur contre le corps en bois de hêtre, qui s'empresse de me murmurer à l'oreille de bien sombres présages.
La porte craque et cède à un claquement de corne ultra violent, je perçois les tremblements de peur d'mon saxophone entre mes doigts; la bête immonde prend tout son temps, savourant sa victoire, et pénètre dans la pièce d'un pas étonnamment léger. Une cymbale m'offre son reflet , un haut-le-corps incontrôlable agite mon squelette, je trouille! À une poignée de centimètres du piano , le monstre s'arrête, collant sa truffe au sol, soufflant comme un beau diable.
J'approche l'anche de mes lèvres sèches et souffle dans l'instrument. Que fanfaronne la mélodie! Sûre d'elle, la voilà qui chatouille les genoux de la bête, tirant sur ses moustaches et sur sa queue. Muée par l'énergie du désespoir, rien ne semble pouvoir l'arrêter : elle s'en prend aux tables, aux fenêtres, aux autres instruments endormis. Du pied je marque le tempo en me mettant debout. J'ose enfin affronter mon adversaire de face, je fixe ses prunelles tout en jouant. Maître suprême de l'atmosphère, j'enchante les êtres et entités . Au contact des morceaux fiévreux qui s’enchaînent, mon pouvoir grandit, dévorant goulûment la bête, pétrifiée par l'horreur. Comme un relent mélancolique, de rêves depuis longtemps effacés.

La fin du disque sonne comme une cloche de ring. Et ce combat nous laisse groggy , la bouche ouverte, les doigts caressant l'instrument imaginaire de Trane, dont les ondulations parfaites nous ont traversés , il y a quelques instants.. Et, tout comme la basse, le disque reste, immuable, dans nos veines enivrées d'un nectar mélancolique de choix, dont les vapeurs sucrées invitent à l'Aventure.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 450 fois
Aucun vote pour le moment

KiidCathedrale a ajouté cet album à 1 liste Blue Train

  • Albums
    Cover Mange mon Disque

    Mange mon Disque

    http://mangemondisc.blogspot.com Réveillée à 5 heure du mat' par un acouphène à l'oreille droite, la Chimère balance son bras...

Autres actions de KiidCathedrale Blue Train