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Si je n'avais qu'un seul live à emporter sur une île déserte ce serait celui-là

Avis sur Theatre Royal Drury Lane 8.09.1974 (Live)

Avatar RockNadir
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De tous les concerts qui eurent lieu en Angleterre il y en a 2 que je donnerais beaucoup pour avoir vu: celui-ci et le concert de réunion de 1975 de VDGG.

Mais revenons à ce live, le seul de toute la carrière de Rock Bottom, du sublime Robert Wyatt. Oui à lui seul Rock Bottom mériterait une carrière tant il est somptueux, génial et dans sa propre galaxie. (voire ma critique)
L'introduction de John Peel explique pourquoi les musiciens arrivent sobres sur scène...le bar derrière le stage voit ses portes toutes bloquées ce qui explique ladite sobriété des musiciens.

Dedicated To You But You Weren't Listening est complètement éclaté et en même temps fascinant, laissant voir et à entendre la folie de Wyatt. Et si comme les musiciens s'amusaient à accorder leurs instruments sans que cela paraisse....et nous sombrons dans l'immense mélancolie de Memories. C'est alors que la voix de Robert s'élève déchirante. Personne ne chante comme Robert Wyatt. Le violon de Fred Frith déchire l'espace miroir de la douleur de Wyatt et de sa mémoire. Inoubliable! (On pense à Stomu Yamashta un peu ici avec Wind Words sur Freedom is Frightening)

L'introduction de Sea Song nous apprend que le claviériste Dave Stewart a frappé son pouce en répétition et qu'il jouera ainsi. Les applaudissements au début de la chanson sont vite interrompus par le chant impérial de Wyatt. La version est saisissante tant elle arrive à créer un climat propre au Live, plus rude, plus Hatfield and The North. La guitare de Fred Frith est tranchante et angoissante, Frith n'est pas très loin de Fripp. D'ailleurs il y a presque du King Crimson là-dessous. Beaucoup de place est laissé au groupe durant la partie médiane et les drums de Nick Mason du Floyd sont magnifiques. Quand la voix reprend et nous amène à : ”Your Lunacy fits with my own” tout concorde pour le grand frisson qui ne nous lâchera plus jusqu'à la fin. La fameuse finale de vocalises sur la lettre A est un cri qui déchire l'espace crument, ici pas adoucie par le studio. Robert nous montre tout le génie de son chant et de sa douleur. On souffre avec lui malgré son humour britannique qui perce sous la douleur. Une vraie version live originale et réinventée. Immense.

La douceur de A Last Straw enchaîne. Les claviers de Stewart sont doux et mystérieux de précision. Le chant très haut de Robert perce, lentement, plus lentement que sur la version studio. On sent que l'attaquer aussi vite aurait été du suicide live. Robert nous fait quelques vocalises en canard dont il a le secret. Une maîtrise étonnante, enfantine et si fascinante du chant, jusqu'au cri. Rocky bottom. C'est jazzy-prog encore à la Hatfield avec des drums de Floyd et des vocalises de Soft Machine. Quel mélange !

Sans une seconde de respir nous sommes foudroyés par l'ouverture du petit chaperon rouge galopant et la trompette hallucinante de Mongezi Feza, réinventée mais unique et reconnaissable. Wyatt se lâche, pousse vocalement avant de se mettre à chanter le cri qui tue et qui ouvre les vocalises merveilleuses de la chanson finalement la phrase aussi qui tue: “Orlan don't tell me, oh no Don't say oh God”...Et le groupe s'envole complètement. Wyatt et le band dépasse les frontières terrestres et touchent ici au divin.... C'est le côté secret que Dieu n'a jamais voulu montrer. Personne n'a été dans cette galaxie dans toute l'histoire du prog. “I want it , I want it give it to me”

On enchaine directement avec Alife, d'ailleurs comment pourrait-on arrêter cette chevauchée fantastique ? Le rythme sourd et inquiétant, le saxophone de Gary Windo, à moins que ce ne soit la trompette de Feza ? On ne sait plus, tout est emporté dans l'univers de Wyatt, les étoiles tombent du ciel dans nos oreilles qui éclosent comme des fleurs. Peu d"albums ont ce pouvoir. Les mots n'ont plus sens et ne sont que prétexte au chant ensorcelé de Robert. Comment peut-on chanter le vent avec autant de talent ?
Et nous sombrons dans les miaulements de chat de Robert pour Alifib. Encore on se demande comment on peut chanter : “Not nit not nit no not Nit nit folly bololey Alifib my larder ou Trip trip Pip pippy pippy pip pip landerim” Et brûler ainsi .... Nous touchons ici à quelque chose d'indescriptible... Quelle est donc cette douleur qui habite Wyatt ? Est-ce la douleur de l'humanité cristallisée dans un seul être humain ? dans une voix prêtée par Dieu pour traduire la détresse abyssale de chaque être humain ? Je reste cloué sur mon siège imaginaire dans ce concert imaginaire auquel j'assiste.

Julie Tippetts chante Mind of a child, qui je ne sais pourquoi me rappelle le: I Am A Child de Neil Young. C'est très beau comme Julie Tippetts peut faire avec toute sa présence et sa tendresse-douleur. Elle est au piano pour ce morceau.
Instant Pussy est meilleur que sur le Matching Mole, ce n'est pas peu dire. Un délice comme son titre. Est-ce l'érotisme qui inspire à Wyatt cette folie et cette douceur ? Nous ne voulons pas le savoir... savourons...la voix de Wyatt se transforme en mouton par moments...c'est louche tout cela... délicieusement louche ...

Et on enchaîne avec le délicieux Signed Curtains toujours de Matching Mole et ses paroles anti-paroles: “ This is the first verse, and this is the second verse” et entre ça quelques acrobaties chinoises. La version est encore plus belle que sur le Matching Mole , elle s'envole tout simplement, délivrée du groupe original qui l'alourdissait un peu.... Et rentre en scène ici la si reconnaissable guitare de Mike Oldfield semblable à celle sur les Live avec Kevin Ayers et The Whole World (écouter le concert à Hyde Park de Kevin) Mike Oldfield imprime au morceau sa marque de génie.

L'enchaînement avec Calyx de Hatfield and The North est si naturelle , un cadeau. “Il performe comme un rêve” comme le disent les paroles de la chanson.

La voix se fait abeille pour l'orgasme final qui éclate avec Little Red Robin Hood Hit The Road. La guitare électrique de Oldfield fend l'air , juste sublime. Les paroles sont-elles un clin d'œil sarcastique au Soft Machine qui se désintègre lentement et qui a foutu Robert à la porte deux ans plus tôt? Jugez par vous-mêmes: “In the garden of England dead moles lie inside their holes
The dead-end tunnels crumble in the rain underfoot Innit a shame?” Si on traduit comme le fit Robert : Soft Machine , en français, cela donne La Machine Molle...par un jeu de mots étonnant Robert renversa les mots Français et cela donna : Matching Moles et il nomma ainsi son groupe. Maintenant la chanson parle que dans les jardins de l'Angleterre les “ dead Moles ” meurent dans leurs trous.... Il n'y a qu'un pas à faire pour voir la gifle qu'administre Robert à ses anciens coéquipiers.

I Am A Believer qui suit est une boutade qui dépassa Robert. Il enregistra la chanson après qu'on lui eut demandé ce qu'il chanterait des 60's s'il pouvait . Il nomma deux ou trois chansons et ensuite il eut le goût d'enregistrer celle-ci. La chanson se retrouva au hit-parade en Angleterre et Robert à Top of the Pops.Un clin d'œil fascinant pour dédramatiser tout ce qu'il vivait ? ou tout ce qu'Il portait?

On croit l'album finit et après quelques minutes de silence surgit un dernier morceau étrange.... Il faut savoir aussi qu'il manque des morceaux du deuxième set...Mon Dieu quelle perte !

Mais déjà que cela soit sorti c'est un miracle ! L'album est un miracle ! Robert Wyatt en survivant de sa chute de 21 étages est un miracle ! Alors....quoi d'autre ?

On reste là à regretter éternellement de ne pas avoir fait partie de la fête et du backstage même si le bar était fermé!

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