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Souls at Zero par eukaryot

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Des fois, c'est pas facile d'être chroniqueur. Sisi. Ce n'est pas toujours une question d'écouter de la musique qui tue tout en s'enfilant de la coke et des putes russes mineures et lascives. Des fois, on est obligé de travailler, pour de vrai, c'est à dire de s'appliquer à écouter un album pour essayer de le comprendre, dépasser l'émotion brute et brutale, dépasser le simple propos ? trop puissant comme album ouais! ?, et extirper de la galette sa substantifique moelle.
Faut aussi éviter l'excès inverse, la dissection d'un album réduit à sa plus simple expression technique, ne le juger que sur la prod' ou la capacité polyrythmique du batteur qui joue en synchronicité avec les pulsations de la ionosphère. Mon cul.

Et c'est d'autant moins facile de chroniquer un album lorsqu'il s'agit d'un album légendaire aux yeux de beaucoup, et d'un groupe dont la réputation n'est ni à faire, ni à démontrer. Surtout lorsque ledit groupe est presque à lui tout seul l'instigateur d'un genre nouveau, ou d'une nouvelle ramification à l'arbre tortueux du rock'n'roll.
Neurosis, voilà le groupe, pas moins. Et l'album, c'est Souls at Zero, pas moins.

Neurosis, si vous voulez, c'est un peu ce groupe qui joue depuis près de vingt piges, qui a commencé avec un hardcore oldschool tirant vers le punk des plus brutaux, pour évoluer petit à petit vers un metal planant, tribal, atmosphérique, expérimental.
Leurs racines hardcore fermement implantées, leur musique a petit à petit gagné le ciel pour flatter les étoiles. Oui, je suis lyrique, mais ceux qui aiment Neurosis comprendront.

De plus, ce groupe a acquis une réputation immense, un véritable statut de légende pour la scène metal, au point qu'on ne compte plus les groupes se réclamant d'inspiration Neurosienne.

Isis, Cult of Luna, Red Sparrowes et l'ensemble de la scène postmetal / postcore (ça devient ridicule ces étiquettes, m'enfin...) doivent tout à Neurosis, et au label qu'ils ont fondé, Neurot Recordings. Groupes publiés par le label : Shrinebuilder, Akimbo, Battle of Mice (que je chroniquerai prochainement, tiens), Made out of Babies, Oxbow, Isis, Grails... Bref, que des gens respectables, qui doivent leur succès et la reconnaissance à Neurosis. Ca y est, pour les petits nouveaux, vous voyez un peu de qui on parle?

Ben Souls At Zero, c'est un peu là où tout a vraiment commencé pour eux.

Souls at Zero, c'est Neurosis quittant l'ultraviolence pour entrer dans la lourdeur, dans le son massif qui caractérisera le reste de leur évolution musicale. Alors, certes, ils se sont aliénés pas mal de leurs fans de la première heure, mais c'est un changement heureux, qui a marqué durablement la scène metal et hardcore, et engrangé une foultitude de bonnes choses à côté... Et en quoi consiste ce changement?

Les tempos sont plus lents, les guitares plus grasses, la basse carrément mise en avant, et le jeu de batterie se fait tribal et massif. Les inspirations Folks chères à Steve Von Till sont déjà présentes, et ne demandent qu'à être affinées par la suite. Mais chaque chose en son temps. Souls at Zero commence par quelques extraits sonores d'un film, avant de bâtir une ambiance malsaine, à base de riffs imparables, d'harmoniques cinglantes, et effectivement, on constate que depuis Pain of Mind et The Word at law, le tempo s'est considérablement ralenti.

Pourtant, toute la puissance du groupe est belle et bien présente, et le premier morceau en forme de cavalcade fait irrémédiablement penser à une charge d'éléphants piétinant le sol et les hommes, sans répit. Von Till et Scott Kelly beuglent déjà à merveille, même si le ton râpé rauque de Von Till n'est pas encore prédominant. Et cette première impression durera tout le long de l'album, les riffs sont littéralemen écrasants, à vous broyer l'âme et la carcasse. Neurosis, c'est une musique glauque, extrêmement triste, pessimiste, trouvant l'exhutoire dans des catharsis démentielles, c'est comme jouir à l'envers, c'est... d'une sauvage raffinité. Sisi.

Heureusement, le groupe injecte de grosses doses de passages plus détendus, véritables respirations avant de replonger dans les pressions infernales de leurs profondeurs glauques. Ils sont comme ça Neurosis, ils inventent le waterboard musical. On entre-aperçoit aussi les doses massives de progressif injectées par Neuro dans leur morceaux, voire même quelques influences en touches légères de post-rock, cf les longs passages purement instrumentaux de leurs morceaux, passages souvent construits autour de la répétition d'un thème, agrémenté de plus en plus de couches sonores, au point d'obtenir un son en forme de mur gigantesque et tout puissant. Non mais. Pourtant, de finesse, Souls at Zero n'en manque pas, en témoignent les violons et le piano, disséminé avec parcimonie et intelligence, qui viennent complimenter les composition sans les alourdir. On retrouve également de la gratte sèche, du flutiau, notemment sur Stripped, certainement l'une des meilleures compos de l'album , aux doux parfums de grunge, l'intro faisant penser à du Alice in Chains.

On le voit, Neurosis opère avec Souls At Zero un virage radical vers d'autres sphères, choses que certains auront du mal à leur pardonner... Mais c'est également un album qui marque d'une pierre blanche la naissance d'un mouvement, et du phénomène Neurosis. C'est cet album qui rendra possible des opus aussi importants que Through Silver in Blood, Times of Grace ou The Eye of Every Storm. Neurosis, groupe injustement méconnu du grand public, acquiert ici le statut de légende. Ceux qui ont pris le train en retard (comme moi, ayant connu le groupe avec A sun that never sets) peuvent foncer dessus, et découvrir un groupe qui n'a cessé de se tirer les tripes depuis plus de vingt ans.

A noter, la réédition contient trois morceaux bonus, les démos de Souls et Zero, et une excellente version live du morceau Cleanse III. Bref, un objet que les fans se doivent de posséder, et une excellente introduction au groupe pour le reste du monde.

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